Incursion dans un skatepark de Sorel-Tracy
Sports extrêmes : pratiquer l'art de sortir de la marge

7 Juin 2008 - Stéphanie Guèvremont - La Voix - Les planchistes portent depuis longtemps le seau de la rébellion. Le skate, un sport reconnu mondialement, se débat encore avec les préjugés. Chaque jour, le skatepark de Sorel accueille des jeunes adeptes de planches, de BMX et de patins à roues alignées qui ne souhaitent qu’une seule chose : qu’on les laisse pratiquer leur «art» en paix. Rouler, glisser, sauter, effectuer des tricks (terme technique pour des acrobaties) en toute légalité.

Pour les adeptes, la planche est un sport, un passe-temps ou une passion. C’est le cas de Robin Déry pour qui le skate «est un mode de vie». L’étudiant en dessin de bâtiment de 24 ans pratique cet «art» depuis le berceau… ou presque. «J’ai commencé quand j’avais six ans, raconte le planchiste. C'est un sport difficile qui ne s’apprend pas du jour au lendemain.»

Pour celui qui a fait des compétitions de 16 à 21 ans, ce mode de vie demande des sacrifices. «Pour vivre du sport, il faut un commanditaire et s’y consacrer entièrement. Nous n’avons pas le temps de travailler ou d’aller à l’école», explique-t-il. Sans oublier qu’une bonne planche peut coûter de 150 $ à 300 $. Comme plusieurs amateurs de sports extrêmes, Robin a souffert. «Je me suis cassé le bras et le poignet gauches et deux fois la cheville droite.» Malgré tout, il n’entend pas abandonner.

Dimitri Wrangel a commencé la planche à 11 ans et demeure aussi fervent. Le jeune homme admet pratiquer ses trucs pendant des heures. «Quand on réussit un truc, on est vraiment fier», explique le planchiste de 18 ans. Même son de cloche chez Robin qui affirme que «la sensation est difficile à comprendre pour quelqu’un qui n’en a jamais fait». Avec les nouveaux modules récemment refaits en béton, la pratique est devenue plus plaisante. «Le skatepark est débile!», s’exclame Dimitri entre deux acrobaties.

À ceux qui pensent que le parc situé derrière la Maison des jeunes de Sorel est réservé aux planchistes, sachez que les adeptes de patins à roues alignées et de BMX (petit vélo de 50 cm) sont acceptés. Dany Girouard manie son BMX comme pas un. Malgré la présence du skatepark, celui qui pratique de trois à quatre fois chaque semaine déplore le manque d’endroits pour rouler dans la région. Cela explique peut-être le fait qu’il soit un des rares à toujours pratiquer le BMX.

Pour se distinguer davantage, Mikael a opté pour l’unicycle. «Tout le monde faisait de la planche, il n’y avait plus rien à inventer.» Depuis un an, il pratique avec assiduité cette activité très populaire en Europe. «Je viens ici de cinq à sept fois par semaine. Cet engin composé d’une roue et d’un siège n’est pas donné. «Un unicycle de base coûte 150$, mais j’ai dépensé 600$ pour le mien. Compte tenu du nombre d’heures où je l’utilise, c’est un bon investissement», explique-t-il.

Bien que la Maison des jeunes de Sorel ne soit pas directement responsable du parc, elle profite des retombées du parc. «Même s’ils ne fréquentent principalement que le parc, les planchistes entrent pour aller aux toilettes, lorsqu’il pleut et amènent des amis. C’est une clientèle que nous n’aurions pas sans le skatepark», raconte Anne-Marie Lessard, animatrice.

Les utilisateurs ne sont plus obligés de porter un casque. Les jeunes sont responsables de leur propre sécurité. Néanmoins, le parc demeure plus sécuritaire que d’autres endroits. «C’est mieux qu’ils viennent ici plutôt que dans les cours de centres commerciaux», de croire Mme Lessard. Sans compter qu’au skatepark, c’est légal. «C’est important d’avoir un endroit approprié où l’on ne se fait pas avertir par la police», raconte Mikael Hébert.

Pour Robin, «les jeunes d’aujourd’hui sont collés à Internet et aux jeux vidéo. Le skatepark les fait sortir et bouger». Dany et Dimitri sont bien d’accord, «c’est de la mise en forme». Ils vont même jusqu’à dire que l’activité empêche certains jeunes de sombrer dans la drogue. «C’est important d’investir dans le parc, les jeunes ont peu d’endroits pour s’amuser», de dire Robin Déry.

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