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Elle impose son talent dans un monde d’hommes

Andrée Lebrun fait fie des barrières.
photo:Daniel Lequin
8 Mars 2008 - Tout comme Danica Patrick en Indycar, Andrée Lebrun brise les barrières en accélération
À 15 ans, elle accompagnait régulièrement Alain aux courses à Sanair et Napierville. Elle adorait. Durant les années qui ont suivi, elle a dû refouler son rêve jusqu’au moment où il est soudainement apparu dans sa vie, il y a de cela quatre ans.
Andrée Lebrun pratique une discipline où elle se fait regarder de travers…par les gars ! Lorsqu’elle se présente avec sa voiture Trans Am blanche 1984 sur la piste à Sanair, son concurrent la regarde, tout étonné et se demande qu’est-ce qu’elle fait là ? Même ses amies, celles qui travaillent à ses côtés, sont étonnées de l’entendre raconter ses expériences sur une piste d’accélération.
Une dame et sa passion
Voilà comment elle a intitulé le disque compact qui retrace ses grands moments en piste, ce qui explique vraiment ce que représente l’accélération à ses yeux. Alain, c’est son ami d’enfance, son premier amour. Or, ils avaient décidé d’entreprendre leur vie chacun de leur côté. Puis, de part et d’autre, leur conjoint est décédé d’un cancer.
C’est leur rencontre imprévue qui a donné libre cours à la concrétisation de ce hobby pour Andrée. Alain Therrien, c’est un maniaque de la mécanique, un connaisseur, un vrai. Il travaille chez Marine Richelieu. C’est lui qui a bâti le moteur en entier et qui répare les problèmes. «Andrée ne fait même pas les changements d’huile», dit-il en riant. «Sans sa présence, je ne pourrais pas réaliser ce rêve. Je n’aurais tout simplement pas les moyens», ajoute-t-elle.
Durant sa vie, Andrée a toujours conduit des autos sport jusqu’au moment où ses enfants sont arrivés. «Là, je me suis calmée un peu». Elle dit avoir eu la piqûre lors de sa première présence dans une course. «Je ressentais une sensation incroyable, un taux d’adrénaline exceptionnel», raconte celle qui possède les nerfs solides pour vivre de telles sensations.
Le championnat des dames
Sur le quart de mille, Andrée atteint des vitesses autour de 170kmh. «De la vitesse, j’en rajoute toujours un peu à chaque année. Je lui donne le temps nécessaire pour l’apprivoiser. Elle progresse continuellement», nous confie Alain avec certitude. Concurrente en classe amateur, Andrée ne vise qu’une chose, remporter le trophée du championnat des dames qu’elle a échappé lors de sa première saison à cause d’une lumière dans les derniers instants.
Âgée de 41 ans, elle est considérée comme l’une des meilleures au Québec, elle qui franchit le quart de mille en 13 secondes. Ah oui, il y a aussi Steve Perry qu’elle veut battre, possiblement un gars qui en met un peu trop lorsqu’il se retrouve sur la piste contre elle. «Pourtant, en ville, Andrée conduit comme un curé…à part quelques arrêts à l’américaine», précise Alain, toujours à la blague.
Celui-ci s’est pourtant fait jouer un vilain tour lors de l’achat d’un premier moteur à son adolescence. «C’était toute mes économies. J’avais payé 6000$ ce moteur. Je ne me suis même pas rendu chez moi ! À partir de cet instant, je me suis dis que plus jamais quelqu’un d’autre viendrait jouer dans mon moteur».
Show de boucane
Vous devriez la voir avant le départ ! Le show de boucane SVP, rien de moins. «Ça, c’est mon «trip». Je fais cela pour améliorer la traction », dit-elle mais Alain ajoute : «Ce n’est pourtant pas nécessaire d’en faire autant !». On voit qu’ils s’amusent ces deux là et qu’ils profitent vraiment de la vie.
Andrée possède plus de 200 courses à sa fiche jusqu’à présent et nous confie que ses adversaires la respectent assez bien jusqu’à maintenant. «Mais, ça va peut-être changer dans l’avenir», confirme le mécano, signifiant ainsi qu’elle s’impose de plus en plus par ses habiletés.
Celle qui travaille à la pharmacie Jean-Coutu de Tracy considère l’accélération comme une détente. A-t-elle peur de perdre le contrôle de son bolide à haute vitesse ? Elle regarde Alain et réplique : «Je suis en confiance à cause de lui». Mère d’une fille de 20 ans, Cathy et d’un gars de 18 ans, Jonathan, Andrée Lebrun brise les barrières dans un monde où la gent masculine est solidement implantée. Tout comme Danica Patrick en Indycar, elle ne fait pas l’unanimité mais son talent vient prouver qu’elle peut être une solide rivale, comme en font foi ses résultats.






