Beauchemin, Desmarais, Provençal,Salvail, Gérard de Maska, jamais le cinéma québécois n’aura autant résonné aux accents des noms des gens d’ici. Pour des raisons de réalisme et de champ de vision, les scènes extérieures du Survenant ont été tournées sur l’île du Pas, au fond des terres, où l’on a reconstitué la maison du père Didace. Grâce la magie du cinéma, c’est le Chenal du Moine et le pays du Survenant que l’on verra à l’écran. Vivre ici a rencontré pour vous le nouveau Survenant, incarné par Jean-Nicolas Verreault.

La séquence de chasse au canard, mettant en scène le Survenant et le père Didace, a été tournée dans la baie Lavallière, près du sentier du marais, à Sainte-Anne-de-Sorel. Jean-Nicolas Verreault en garde un souvenir impérissable. « Pour me préparer au tournage, j’ai lu le roman de Germaine Guèvremont. Lors du tournage de la scène de chasse, nous avons vu le soleil se lever, nous avons passé la journée dans la chaloupe et je me suis imprégné totalement de l’ambiance du lieu. Ce contact avec la nature m’a fait le plus grand bien et cela m’a permis de mieux entrer dans la peau du personnage. J’ai été très honoré qu’on me choisisse pour ce rôle, parce que cela correspond profondément aux valeurs auxquelles je crois, l’implication, la générosité, la tolérance, l’ouverture aux autres. Et cela arrive à un moment de ma vie où cela me fait du bien. C’est un film où je suis en accord avec moi-même.

Quand je rentre chez nous après une journée de tournage, je me sens bien, ce qui n’a pas toujours été le cas. Ce rôle est un beau cadeau pour moi et j’espère que les gens de la région de Sorel-Tracy vont prendre autant de plaisir à voir le film que j’en ai eu à le faire. Ce film est porté par des valeurs qui sont très positives et très actuelles.

Vivre ici : Parlez-nous du Survenant.

J.-N. V. : « Le Survenant est un personnage très actuel, moderne, en avant de son temps. C’est quelqu’un qui s’implique socialement dans son milieu. Il est différent et ne laisse personne indifférent; par ses actions, ses gestes, il vient un peu bousculer la vie des gens du village. Il apporte la liberté à certains, en leur laissant voir qu’un autre monde existe. D’un autre côté, il choque et dérange ce petit milieu. »

Vivre ici : ... et Angélina?

J.-N.V. : « Avec son physique imposant et ses talents de conteur, le Grand-dieudes-routes pouvait charmer les plus belles femmes du village et faire des conquêtes lors de ses virées à Sorel. Pourtant, il a choisi d’aimer l’infirme, Angélina Desmarais, parce qu’il a vu la beauté de son âme. Il a compris sa fragilité et sa différence.Tout comme lui, elle était un peu rejetée par son milieu. En cela, il a trouvé en elle quelqu’un qui lui ressemblait. Leur différence les a rapprochés ».

« Déjà en 2001, on avait écrit à l’une des filles de Mme Guèvremont, lui mentionnant notre intention de tourner Le Survenant. On a expliqué aux membres de la famille notre point de vue quant à l’adaptation du roman et ils ont senti que l’on allait respecter l’oeuvre de leur mère. Le fait qu’on ait déjà produit les films sur Bombardier, ainsi que sur Alys Robi, les a rassurés. Nous sommes capables de raconter une histoire, dans le respect des familles et sans dénaturer l’oeuvre originale. Nous avons été très transparents, la famille a eu accès à toutes les versions du scénario et il était important pour nous d’impliquer les proches de la romancière. Au départ, il faut qu’eux ne soient pas déçus du film. La scénariste, Diane Cailher, a beaucoup étudié l’oeuvre de Germaine Guèvremont. «

C’est le roman que l’on met en scène et non la série télévisée et le résultat sera différent. La série télévisée a duré quatre ans et il fallait donner de la place aux personnages secondaires alors que dans le film nous prenons le point de vue du Survenant, sa vision du monde et son interaction avec son entourage. Nous sommes très collés sur le roman. Nous sommes heureux d’avoir pu tourner les extérieurs dans le milieu naturel des îles. Je crois que c’est la première fois que dans un film québécois d’époque, on a un personnage central qui procure une ouverture d’esprit aux gens. Ce n’est pas un film sur la misère, mais bien sur l’ouverture. Dans le cas d’Angélina, c’est l’amour et la sensualité et pour le père Didace, c’est "je suis pas encore trop vieux pour voir les choses autrement". Le paysage naturel est un aspect important. Le réalisateur Erik Canuel et le directeur photo Bernard Couture ont très bien réussi à saisir toute la beauté du paysage. C’est un film qui va se démarquer, par la qualité du récit, le traitement de l’image et nous allons faire découvrir à l’ensemble du Québec une région d’une beauté extraordinaire. »


Propos recueillis par Louis Latraverse

Au fil des ans, il y a eu de nombreux projets afin de réaliser l’adaptation cinématographique du plus célèbre roman de Germaine Guèvremont, Le Survenant. Enfin, au printemps 2005, ce classique de la littérature québécoise, inspiré des gens de notre coin de pays, sera porté à l’écran, grâce aux efforts de deux producteurs : Jacques Bonin, dont le grand-père est originaire de Saint-Joseph-de-Sorel, et Claude Veillet. Vivre ici les a rencontrés pour vous, sur le plateau de tournage, et a recueilli leurs propos.

GERMAINE GUÈVREMONT (1893-1968)
Germaine Grignon n’était pas native de Sorel, mais plutôt des Laurentides. C’est en se mariant avec le sédentaire Hyacinthe Guèvremont que la nomade a épousé la terre soreloise, un plat pays dont les eaux vagabondes flirtent avec une centaine d’îles propices à la rêverie et à l’inspiration. C’est donc au Chenal du Moine que la Dame des Îles a créé le personnage du Survenant, ce héros mythique immortalisé par la publication en 1945 d’un des plus grands romans québécois. À sa façon, le roman Le Survenant était annonciateur des grands bouleversements de la Révolution tranquille. Si, depuis soixante ans, le Survenant est entré dans notre imaginaire collectif, aujourd’hui le film est plus que jamais d’actualité puisque son héros légendaire, Grand-dieuu-des-routes, nous invite à naviguer sur les méandres d’un univers de plus en plus global.
Collaboration spéciale de Pierre Girouard
http://www.survenant.com




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