Jean-Guy Péloquin : «le médecin» des pianos depuis 32 ans!


(Photo: Patrick Turgeon)

8 Mars 2007 - Patrick Turgeon - Les 2 Rives - Tirer la bonne note, obtenir le bon accord, le bon réglage et la meilleure sonorité. Voilà ce qui fait la force d’un accordeur de piano, «ce médecin» des pianos qui a comme mandat d’accorder cet instrument de musique sur une base régulière. Dans le Bas-Richelieu, ils ne sont que deux à faire carrière dans ce métier : Robert Desjardins, des Accords du Verseau à Sorel-Tracy, et Jean-Guy Péloquin, un Sorelois fort connu dans la région pour ses qualités indéniables de guitariste, de luthier et d’accordeur de piano. Pour eux, nul doute que la musique doit être jouée sur une note juste afin d’éviter des sons désagréables.

Rencontré à son domicile qui lui sert aussi d’atelier de réparation, Jean-Guy Péloquin a démontré un grand intérêt face au métier qu’il pratique avec amour depuis 32 ans. Pour ce passionné de musique, c’est une joie de remettre un piano «en bon ordre» chaque fois que la situation le commande. «Être accordeur de piano n’est pas simplement pour moi un métier, c’est une passion. Je ne me suis jamais tanné de faire ce travail. Ça n’a pas toujours été rose, surtout à mes débuts, car il est difficile de se bâtir une clientèle qui donne son entière confiance à un nouveau venu dans le domaine, mais j’y suis parvenu. Tout comme c’est le cas avec un médecin en qui une personne a confiance, les propriétaires de piano ne changent pas d’accordeur de piano lorsqu’ils sont satisfaits des services obtenus», nous a-t-il confié.

Ce n’est toutefois pas évident de faire carrière dans ce domaine. Les clients ne sont pas aussi nombreux qu’on pourrait le croire. Pour M. Péloquin, sa clientèle se compose de propriétaires privés de piano situés à Sorel-Tracy et sur la Rive-Sud de Montréal. Il obtient également des contrats réguliers avec des diffuseurs tel Azimut Diffusion, des salles de spectacles et des artistes. Même après 32 ans de métier, il dit apprendre de nouveaux éléments chaque semaine. «C’est un monde sans fin. On apprend toujours car il est nécessaire de raffiner nos méthodes de travail. Pour ce faire, ça prend une ouverture envers les musiciens. À partir d’un son entendu avec une oreille relative parfaite, on peut nommer n’importe quel autre son», a spécifié M. Péloquin, qui remet aussi des pianos à l’état de neuf dans le cadre de son travail.

Il n’est pas dû à tous de faire carrière comme accordeur de piano. Il faut avoir «une bonne oreille musicale», de la dextérité car il faut souvent manipuler de petites pièces, beaucoup de patience et des aptitudes dans des domaines connexes à la musique et du retapage de meuble. «Tout comme le musicien que je suis, je suis un accordeur de piano autodidacte. J’ai tout appris moi-même pour bien faire ce métier. J’ai acheté mon premier piano en 1973. Je me suis ensuite procuré les outils nécessaires à ce travail et je me suis lancé dans l’aventure. Mes premiers clients ont été des amis et de la parenté, mais je suis parvenu, au fil des ans, à me bâtir une clientèle fidèle. Après 32 ans, elle me fait pleinement confiance», a ajouté M. Péloquin, un chic type qui trouve toujours beaucoup de plaisir à jouer la vraie bonne note.

Une note parfaite

Cette note parfaite, elle s’obtient grâce à des accords parfaits. En plus d’obtenir une meilleure qualité sonore, accorder un piano permet d’éviter sa détérioration, d’endommager le mécanisme, de redonner au touché une meilleure précision et d’améliorer la répétition et la régularité de l’enfoncement de la touche. «Les variations de température et des changements climatiques sont les pires ennemis du piano. Il se désaccorde au moindre petit changement. De plus, avec le temps, la tension sur les cordes a tendance à se relâcher, ce qui amène le piano à se désaccorder. Cela explique pourquoi un piano doit être accordé avant chaque concert. On doit prendre le temps de trouver la bonne sonorité pour chaque note en tournant les chevilles de façon à libérer la tension sur les cordes», a expliqué M.Péloquin.

En fait, chaque piano est composé de 220 cordes qui impriment une pression de plusieurs tonnes sur un cadre et une autre pression de 550 livres sur la table. «L’important, c’est de bien faire le tempérament du piano. Pour y parvenir, on doit tourner les chevilles pour assurer une bonne tension aux cordes qui y sont reliées et glisser une bande de tempérament pour bien accorder le piano. C’est un travail qui se fait toujours seul car ça prend beaucoup de concentration, de la patience, de la créativité et de la débrouillardise. Ça nécessite aussi un grand calme car à force de marteler les aigus, c’est le système nerveux qui est mis à rude épreuve et l’oreille se fatigue rapidement. C’est un métier passionnant mais exigeant», a-t-il renchéri, confirmant qu’il n’existe pas d’école de formation pour les accordeurs au Québec.

Côtoyer des vedettes

Au cours de sa carrière, M. Péloquin a eu le bonheur de côtoyer plusieurs vedettes du monde de la musique. Entre autres, il a travaillé pendant plusieurs années avec Pierre Bertrand et plus récemment, il a eu le bonheur d’accorder le piano utilisé par Alain Lefèvre lors de son spectacle donné à la salle Georges-Codling, il y a une quinzaine. «Ça ne m’a jamais dépaysé de travailler avec des vedettes. Je suis à l’aise avec eux car je suis moi-même un membre de la grande famille de la musique. Je parle le même langage qu’eux, ce qui me permet de mieux répondre à leurs exigences», a-t-il indiqué, soulignant du même souffle que certains artistes ont leurs exigences en matière de sonorité. Pas question pour lui de les remettre en doute. Ce sont eux les clients. Il fait en tout point ce qui lui est demandé.

Questionné quant à savoir quel était le plus «grand» piano qui lui soit passé entre les mains, un seul vient à l’esprit de M. Péloquin : il s’agit d’un Steinway, la crème des pianos, qu’il a remis à neuf, il y a cinq ans. Car, a-t-il tenu bon de le souligner, il s’adonne aussi à la restauration des pianos, des biens qui ont souvent une très grande valeur pour les propriétaires.

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