Isabelle : « J’ai 23 ans et je suis mécanicienne industrielle… »
Jeune femme cherche travail pas comme les autres…


Isabelle : « J’ai 23 ans et je suis
mécanicienne industrielle… »

5 Juillet 2005 - Alors que les formations les plus courues par les jeunes femmes demeurent les programmes de bureautique, coiffure et les soins de santé, ils choisissent un métier non traditionnel. C’est ainsi, armées d’une passion, que les jeunes femmes décident de devenir machinistes, électriciennes, opératrices ou pratiquer plusieurs autres métiers réservés aux hommes. Derrières les affiches promotionnelles, l’Orientech – anciennement la Corporation des femmes et métiers non traditionnels — aide ces femmes à être à la même hauteur que leurs collègues, c’est-à-dire égales.

« Je suis venue à l’Orientech, explique Isabelle St-Pierre, alors que je désirais retourner à l’école et j’ai passé des tests d’aptitudes. Les résultats ont alors révélés, à 95 %, que j’étais destinée à des métiers manuels. Je n’aimais pas la routine, je ne voulais pas être secrétaire ou comptable, j’ai alors choisi d’être une mécanicienne industrielle ». C’est la réalité d’Isabelle, 23 ans, qui a terminé sa formation de 1800 heures au Centre Bernard-Gariépy, à Sorel-Tracy, au mois de mai dernier. Au moment de l’entrevue -début juin —, elle venait tout juste d’apprendre qu’une usine de Boucherville l’embauchait. Si elle franchit ses trois mois de « mise à l’essai », elle pourra réaliser son rêve, soit celui de « faire ce que je fais présentement, c’est-à-dire gagner ma vie dans ce domaine là », a-t-elle confiée au représentant de L’annonceur.

Plus facile pour une femme ?

« Les femmes doivent encore faire face, dans certains milieux, à des préjugés comme celui du mythe de la force physique », a expliqué Caroline Nantel, directrice générale de l’Orientech. Selon Mme Nantel, le milieu industriel est un milieu conservateur et l’intégration des femmes dans les milieux demande encore du temps, de l’éducation et de l’ouverture. « Certains employeurs ont encore peur de la charge qu’ont les femmes quant aux enfants (grossesses, congés de maternité, retrait préventif, etc.). D’autres craignent également la réaction des hommes à la venue d’une femme dans leur usine, » ajoute la directrice. Dans la région de Sorel-Tracy et en Montérégie, on hésite à embaucher des femmes pour occuper des postes de soudeur-monteur, opératrice de machineries, en électronique industrielle, en électricité de construction, en dessin industriel, en technique d’Assainissement des eaux et en technique policière. Paradoxalement, les écoles forment des jeunes femmes dans ces secteurs, mais c’est sur le marché du travail que ça se gâte : « Dans certains cas, on retrouve presque 50% de femmes en formation, mais moins d’un tiers réussissent sur le marché du travail, » a confié Caroline Nantel. C’est donc dire, Mesdames, qu’il existe toujours un écart entre la volonté des institutions et la dure réalité, parfois, des milieux de travail en usine, par exemple. Quant à Isabelle St-Pierre, elle soutient que sa relation avec ses collègues masculins au cours de sa formation a été enrichissante : « Sur quatre groupes totalisant 20 personnes, j’étais la seule fille. Au début, je me sentais moins à ma place, mais certains gars sont venus vers moins. Ensuite, ils disaient au professeur que je travaillais bien. Cela m’a surpris puisque je m’attendais à être repoussée et que le parcours soit difficile ».

Recherche d’emploi pas comme les autres

C’est le 6 mai dernier qu’Isabelle a terminé sa formation. Elle s’est par la suite mise à la recherche d’un emploi dans une usine de la région. CV par-dessus CV, elle a frappé à plusieurs portes. Soit dit en passant, le domaine qu’elle a choisi est visiblement difficile pour tous, et ce, pour les hommes ou les femmes. Sur les 12 étudiants gradués en mai, seulement deux occupaient un emploi quelques semaines plus tard. D’être une fille peut cependant présenter des contextes particuliers : « En me présentant dans un atelier, le propriétaire pensait que je venais pour lui vendre des produits. Lorsqu’il a appris, quelque instant plus tard, que je venais pour un emploi, il a été enthousiasmé par ma démarche ! » a poursuivi Isabelle. Pour Caroline Nantel, la présence des femmes dans les usines relève plus de la perception que des contraintes réelles : « Dans le temps de la Deuxième Guerre mondiale, alors que les hommes étaient partis à la guerre, ce sont les femmes qui ont assuré la continuité dans les usines d’armement. Une chose ne changera jamais ; les femmes auront toujours des enfants ! »

Chance égale à compétence égale…

On ne connaît pas, pour l’instant, la suite de l’histoire d’Isabelle qui travaillera quelques semaines ou quelques mois avant de savoir si elle a gagné son pari de choisir ce qu’elle voulait vraiment faire comme métier. Quant à la directrice de l’Orientech, elle a rappelé que l’objectif n’est pas de favoriser les femmes au détriment des hommes : « Nous ne désirons pas porter le flambeau de l’égalité, mais de reconnaître que les femmes ont leur place dans des secteurs non traditionnels. Ce que l’on souhaite, c’est que ces femmes n’aient pas à porter l’odieux d’être différentes. Pour ce faire, il faut proposer aux employeurs des femmes comme employées et envoyer des CV dans les compagnies. Du club plus fermé que nous étions, on est devenu une ressource privilégiée pour elles, » a conclu Caroline Nantel, directrice générale de l’Orientech. Les employeurs demandent aussi de trois à cinq ans d’expérience, aux gars comme aux filles. Isabelle a donc sa chance de prouver sa valeur, dans une usine de Boucherville, dans laquelle elle travaillera tout en demeurant à Sorel-Tracy, près de son conjoint. Après avoir suivi sa formation, demander un coffre à outils pour Noël — à la grande surprise des membres de sa famille — et après avoir été confondu avec une vendeuse de produits, Isabelle St-Pierre fait maintenant face à son nouveau défi ; demeurer sur le marché du travail !

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