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Les Métallos lancent une campagne pour sauver la sidérurgie québécoise
Le laminoir à poutrelles, c’est maintenant qu’on le veut !

14 Mai 2009 - Le Syndicat des Métallos (FTQ) lance aujourd’hui une campagne pour amener la compagnie ArcelorMittal à respecter son engagement pris en 2007 de construire un laminoir à poutrelles à Contrecœur. « Les mises à pied que nous connaissons dans ce secteur menacent la viabilité d’une sidérurgie québécoise. Le Québec a besoin plus que jamais de ce type d’industrie. Nous avons du minerai de fer sur la Côte-Nord. Il serait dans l’ordre des choses qu’il soit transformé ici au Québec. De plus, il faut se préparer tout de suite pour la relance. Il est question de grands travaux d’infrastructure. Ce serait inconcevable que nous importions des poutrelles d’acier alors que nous pourrions très bien les faire ici d’autant plus qu’ArcelorMittal nous a promis une usine. Enfin, nous demandons au gouvernement de s’impliquer », a déclaré Daniel Roy, directeur québécois du Syndicat des métallos (FTQ).
Rappelons que la compagnie avait annoncé en décembre 2007 la construction d’un laminoir à poutrelles. Cela devait créer plus de 200 emplois. Toujours selon la compagnie, le laminoir pourrait engendrer plus de 200 M $ de profits annuellement. En 2007-08, des poutrelles utilisées ici provenaient d’Europe et d’Asie.
« Notre campagne est positive. Nous revendiquons le développement d’une activité économique qui a des retombées très importantes en termes d’emplois notamment. Il faut bien comprendre que si tout repart chez ArcelorMittal, c’est toute la communauté qui va en bénéficier. L'acier dans la région de Contrecœur, c'est très important depuis les années ‘60. Il faut que l’autoroute 30, dite l’autoroute de l'acier, continue à porter son nom pour le bien de la région et du Québec tout entier », de poursuivre Pierre Arseneau, permanent du Syndicat des Métallos (FTQ).

Claude Langlois,
président de la section locale 6586
Photos: Maurice Parent, parMo.ca
Claude Langlois, président de la section locale 6586, a indiqué que la lutte qu’entreprennent les travailleurs de Arcelor Mittal à Contrecœur répond à une urgence. « Si nous ne faisons rien, ArcelorMittal va avoir tout simplement bénéficié de la privatisation effectuée sous le gouvernement de Robert Bourassa et de son ministre de l’industrie et du commerce de l’époque, Gérald Tremblay, sans avoir à consolider la sidérurgie au Québec. Les installations de Contrecœur ont été profitables pour ArcelorMittal. Nous avons été sa porte d'entrée pour le continent nord-américain. Il est temps qu’il y ait un retour d’ascenseur. Tout au long de notre histoire syndicale nous avons dû nous battre pour sauver non seulement des emplois mais aussi notre sidérurgie québécoise. Nous y croyons et nous allons continuer à nous battre ».
Le directeur québécois a conclu en soulignant que c’était le début de la campagne. « Nous n'avons pas l’intention de lâcher le morceau, dit-il. Il est possible que certains nous trouvent dérangeants. Il y va des emplois et de la survie d'une communauté. Le laminoir à poutrelles, c’est maintenant que nous le voulons! ».
Rappel historique
Soulignons que les travailleurs et le Syndicat des Métallos ont été au cœur de la mise sur pied d’une sidérurgie québécoise. Les Métallos obtiennent l’accréditation syndicale en mai 1965. Le laminoir à froid ouvre en mars 1966. Le laminoir à chaud ouvre en janvier 1967. En octobre 1968, le gouvernement du Québec achète Dominion Steel and Coal (Dosco Inc). La compagnie Sidbec-Dosco est née.

Plus de 150 travailleurs, retraités et élus présents pour la campagne
"Le laminoir à poutrelles, c’est maintenant qu’on le veut !"
Photos: Maurice Parent, parMo.ca
En 1982, les Métallos réussissent le tour de force d’empêcher la fermeture des laminoirs à plat. En août 1994. Sidbec-Dosco devient Ispat-Sidbec. La privatisation sous le gouvernement libéral de Robert Bourassa et de son ministre de l’industrie et du commerce, Gérald Tremblay, survient après des années de rumeurs. Les installations de Contrecœur ont généré environ 1,2 milliards $ de profits. Mittal en a profité pour agrandir son empire.
En novembre 2007, ArcelorMittal procède à une consolidation et restructure ses opérations. Elle annonce la fermeture des laminoirs à Contrecœur. Dofasco récupère les laminoirs à chaud et à froid situés au Québec. Ce qui entraîne 450 pertes d’emplois chez les syndiqués à Contrecœur. En mars 2008, la compagnie annonce la fermeture de la tréfilerie à Lachine et la perte de 120 emplois. Le 7 avril 2009, elle annonce que l’usine de réduction fermera ses portes le 18 avril pour une période indéterminée. Le secteur de la coulée à brame connaîtra le même sort le 27 juin 2009 et 190 personnes seront mises à pied. Il restera moins de 400 travailleurs au complexe de Contrecœur.

Photos: Maurice Parent, parMo.ca
Comment l’aventure de l’acier a commencé au Québec
Les travailleurs et le Syndicat des Métallos ont bâti la sidérurgie québécoise. Bien que la fonderie, le cœur de l’usine de Contrecoeur, date de 1926, les grandes transformations et réalisations de l’industrie sidérurgique ont surgie dans les années soixante et soixante-dix. Sidbec est créé en 1964. Les Métallos obtiennent l’accréditation syndicale en mai 1965. Elle touche 161 membres. Le laminoir à froid ouvre en mars 1966. Le laminoir à chaud ouvre en janvier 1967. Le nombre de membres syndiqués monte à 396 membres. La division du fil machine (le TG barre) démarre en 1968. Dans la foulée de la Révolution tranquille, le gouvernement du Québec et un des artisans, Jacques Parizeau veulent que le Québec ait son industrie sidérurgique intégrée, contrôlée par les Québécois et utilisatrices de nos ressources naturelles d’ici. Elle sera un des leviers importants pour soutenir le développement économique du Québec. En octobre 1968, le gouvernement du Québec achète Dominion Steel and Coal (Dosco Inc). La compagnie Sidbec-Dosco est née. De nouvelles installations sont construites dont un atelier central qui débute ses opérations en décembre 1971, le Module 1 de l’usine de réduction (Midrex) démarre en avril 1973, etc. L’aciérie, qui est devenu le cœur du complexe, démarre en 1976.
Les Métallos luttent pour assurer la pérennité des installations de Contrecœur
Au début de 1982, il y a 1 650 membres dans la section locale 6586.C’est durant cette période que le nombre de membres atteint son niveau le plus élevé. Malheureusement, c’est aussi le moment où une crise économique vient frapper durement le secteur de l’acier. Le gouvernement veut fermer notamment les laminoirs à plats. Le Syndicat des Métallos avec l’aide de la FTQ part en guerre pour sauver les emplois. En 1982, suite à une Commission parlementaire et une lutte épique, le Syndicat des Métallos réussi un tour de force et empêche la fermeture.
En 1986, le gouvernement cherche à nouveau à imposer un plan de redressement radical qui engendrerait 143 pertes d’emplois. Le Syndicat réussit à limiter les dégâts en négociant un mémoire d’entente qui comprend de meilleures rentes de retraite, des préretraites, des primes de séparation. Tous les départs se font sur une base volontaire. L’implication de tous a réussi à changer le cours de l’histoire une fois de plus. Les coûts sociaux et économiques associés au démantèlement de Sidbec ont joué dans la balance. La collectivité québécoise a besoin de cette industrie. Le gouvernement fédéral avait été appelé pour supporter l’industrie sidérurgique.
En 1987, suite à une grève de plusieurs semaines, les travailleurs remportent une bataille importante contre les concessions de l’employeur.
Afin d’unir leurs forces et de développer la solidarité, les Métallos de l’acier chez Stelco se sont regroupés au sein de qui s’appelait la «Chaine» dans les années ’80. Plus tard dans les années ’90, avec les travailleurs d’ArcelorMittal, ils mettent sur pied un comité de la solidarité dans l’acier (le CSA). En avril 2009, le CSA s’élargie de nouveau pour inclure les travailleurs d’Ivaco, Galvano, Sivaco et Poudres Métalliques.
En 1992, la compagnie impose un autre plan de redressement. Le Syndicat limite les dégâts mais plusieurs emplois sont perdus. En 1993, les travailleurs se retrouvent devant une menace de fermeture. Le syndicat négocie une entente qui prévoit la présence de deux travailleurs sur le conseil d’administration et qui permet de récupérer sur deux ans une baisse de salaire de 2 $ l’heure. En contrepartie, le gouvernement s’engage à investir 30 millions de $.
La privatisation
Cette entente est annulée par la vente de Sidbec-Dosco à Ispat International (Mittal Steel) en août 1994 pour une bouchée de pain. Sidbec-Dosco devient Ispat-Sidbec pour ensuite devenir Mittal Canada quelques années plus tard. La privatisation sous le gouvernement libéral de Robert Bourassa et de son ministre du commerce Gérald Tremblay survient après des années de rumeurs. Six ans plus tard, il y a un licenciement collectif de 70 membres.
Le 27 janvier 2006, Mittal Steel achète la compagnie européenne Arcelor. ArcelorMittal devient une des plus grosses compagnies du secteur de l’acier au monde. Elle contrôle 10 % de la production mondiale. La section locale 6586 compte 1 050 membres qui travaillent dans six divisions, soit celles du fil machine, du laminoir à froid, du laminoir à chaud, de l’atelier central, de l’aciérie et de l’usine de réduction. Dofasco entre également dans le giron d’ArcelorMittal. C’est une mauvaise nouvelle pour Contrecoeur car Dofasco est l’aciériste canadien qui est le plus rentable au Canada. Plus d’un milliard de dollars y ont été investis en dix ans. Pendant ce temps, Ispat-Sidbec n’a pas modernisé ses installations à Contrecoeur. Pourtant, en 12 ans depuis 1994, Contrecoeur a généré plus de 1,1 milliards de profits. Mittal en a profité pour agrandir son empire, plutôt que d’investir à Contrecoeur. Dofasco à Hamilton dispose d’une capacité de production quasi inutilisée de produits laminés.
En septembre 2007 à Montréal, le Syndicat des Métallos participe à la mise sur pied d’un conseil mondial ArcelorMittal.
En novembre 2007, ArcelorMittal procède à une consolidation et restructure ses opérations. Il annonce la fermeture des laminoirs à Contrecœur. Dofasco récupère la production des laminoirs à chaud et à froid situés au Québec. Ce qui entraîne 450 pertes d’emplois chez les syndiqués à Contrecoeur. Le Québec perd encore au détriment de l’Ontario. Le syndicat réussit à négocier des programmes d’incitatifs à la retraite, de préretraites et des primes de séparation. Cela permettra à plus de 400 travailleurs de quitter «volontairement». En contre partie, la compagnie annonce la construction d’un laminoir à poutrelles, comme produit de remplacement, au coût de 380 millions $, qui devrait créer plus de 200 emplois. Le laminoir pourrait engendrer selon la compagnie plus de 200 mm$ de profits annuellement. Il n’y a pas de laminoir à poutrelles dans un rayon de 800 km 2. En 2007-08, 25 % des poutrelles utilisées proviennent d’Europe et d’Asie.
Le gouvernement du Québec s’implique
«Le soutien du gouvernement du Québec a été un facteur déterminant dans la décision de l’entreprise», a révélé ArcelorMittal dans un communiqué du 11 décembre 2007. Joe Jacqué, chef de la direction, produits longs, Amérique du Nord, affirmait dans la presse du 12 décembre 2007 «qu’avec la collaboration de tous et ce nouvel investissement, nous avons le potentiel nécessaire pour transformer les installations de Contrecoeur et faire en sorte qu’elles se classent parmi les plus performantes en Amérique du Nord». Le Québec investira plus de 41 milliards de $ d’ici 5 ans dans des projets d’infrastructures. Pour contrer la crise, les États-Unis et le Canada dont principalement l’Ontario se lancent dans les plus grands projets d’infrastructure de leur histoire. Le syndicat international et le président Leo Gerard ont multiplié les interventions auprès de la direction d’ArcelorMittal pour favoriser la construction d’un laminoir à poutrelles à Contrecoeur.
La série noire continue en 2008 et 2009
En mars 2008, la compagnie annonce la fermeture de la tréfilerie à Lachine. Cela entraine la disparition de 120 emplois, ce qui doit, selon la compagnie, consolider les 80 emplois de la rue St-Patrick à Ville LaSalle. Cette dernière, soi dit en passant, prend sa matière première des installations de Contrecœur et sa survie dépens de celle de Contrecœur.
Le 11 avril 2008, le comité d’investissement mis sur pied par la section locale 6586 en décembre 2007 afin de suivre le projet du laminoir à poutrelle, fait rapport aux membres. La compagnie a nommée Marc Lotsch comme responsable du projet. Ce dernier travaillait au Luxembourg. À ce moment, la compagnie assurait que le projet devrait être complété à la fin de l’année 2010.
Le 7 avril 2009, elle annonce que l’usine de réduction fermera ses portes le 18 avril pour une période indéterminée. Le secteur de la coulée à brame connaitra le même sort le 27 juin 2009 et 190 personnes seront mises à pied pour une période indéterminée à partir du 1er juin. Il restera moins de 400 travailleurs au complexe de Contrecœur. La section locale 6586 et le Syndicat des Métallos sont très inquiets pour l’avenir. Il faut que le laminoir à poutrelles soit construit au plus sacrant. Un plan d’action est mis sur pied. Le 12 mai la bataille s’enclenche.
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Claude Langlois, Syndicat des Métallos (FTQ), section locale 6586,













