Le Bas-Richelieu s’en tire malgré tout assez bien
La pluie s’acharne sur les producteurs agricoles

19 Août 2008 - Les 2 Rives - Patrick Turgeon - Il a plu beaucoup sur le Québec et la région depuis le début de la saison estivale, au grand désespoir de celles et ceux qui ont profité de vacances annuelles. Il n’y a toutefois pas que les vacanciers et les propriétaires de parcs aquatiques qui ont souffert des sautes d’humeur de Dame Nature. Certains producteurs céréaliers et maraîchers trouvent les dernières semaines plutôt difficiles. Les fortes précipitations, reçues principalement au mois de juin et juillet, ont eu des impacts négatifs sur les récoltes de céréales, ont retardé la récolte des fourrages mais ont favorisé la pousse des cultures maraîchères. Malgré ce qu’on pourrait en croire, l’été ne sera pas si catastrophique pour la plupart des producteurs agricoles dans le Bas-Richelieu.

«Nous n’avons pas eu un été si pire que ça jusqu’à maintenant», soutient Alain Beaudin, commissaire agricole à la Chambre de développement agricole du Bas-Richelieu. «Ça paraît toujours pire que c’est vraiment car les producteurs ne sont pas habitués à gérer des pluies denses et concentrées sur une longue période. Ce temps de stress est difficile à vivre, mais c’est à ces occasions qu’on reconnaît les vrais entrepreneurs, ceux qui trouvent les moyens de se retourner de bord et de ne pas s’apitoyer sur leur sort malgré des pertes prévisibles et du retard sur leur production. La saison estivale est plus difficile que par les années passées, mais ce n’est rien pour s’alarmer. Le Bas-Richelieu est en fait l’une des régions du Québec qui s’en sort avec le moins d’impacts négatifs. Il y a toujours des avantages à chaque inconvénient.»

Cet inconvénient se situe surtout en deux points. Le premier s’explique par le fait que l’eau s’est accumulé dans les champs et menacé certaines récoltes. Plusieurs champs ont même été délavés par les fortes pluies reçues en juillet. Les pluies torrentielles ont également eu pour effet de créer une forte humidité au sol, favorisant ainsi le développement de maladies fongiques et de toxines. L’humidité a favorisé le développement de la maladie pour l’orge, l’avoine, le soya et les haricots secs, tout en provoquant du déclassement sur le grain. Les céréales ont noirci quelque peu, perdant ainsi de la qualité et réduisant leur taux de protéines.

Sans oublier les rainures causées par les tracteurs dans les champs, au cours de l’été. «La conséquence directe a été l’augmentation du prix pour les céréales. Les producteurs qui ont produit des céréales de qualité grâce à leurs suivis aux champs en récolteront les fruits.»

Une visite au champ

Au niveau du blé d’automne, la qualité observée lors de la récolte était plutôt moyenne, nous a confirmé Ghislain Beauchemin, un important producteur céréalier de Saint-Ours. Il a toutefois pu être récolté avant les fortes pluies de la fin juillet. De son côté, le blé de printemps a encore le temps de sécher avant d’être récolté d’ici le début septembre. Reste à voir si la maladie n’aura pas trop affecté sa qualité. Quant au soya, les variétés les plus sensibles ont été attaquées par les maladies. Quant aux autres, il ne semble pas y avoir encore trop de problème, a ajouté M. Beauchemin. Pour ce qui est du maïs, les forts et nombreux orages reçus à la fin juillet n’ont pas du tout affecté sa qualité et sa quantité. Enfin, les précipitations ont forcé des producteurs à retarder de quelques semaines leurs récoltes de foin. Le rendement de ces productions ne devrait toutefois pas être trop diminué, a-t-il expliqué.

Les haricots secs sont toutefois les grandes victimes de cette forte humidité, a renchéri M. Beaudin. Les importantes précipitations reçues ont favorisé fortement et rapidement la formation de champignons sur les plants, causant des pertes catastrophiques. Les producteurs de pois de conserverie, qui devaient récolter le 1er août, pourraient, eux aussi, subir des pertes significatives si jamais la pluie ne cesse de tomber car ils ne peuvent se rendre les chercher dans les champs en raison des excès d’eau. Heureusement, Environnement Canada prévoit une semaine presque sans pluie, du 19 au 26 août. «Le beau temps reçu depuis jeudi permettra à la maladie de se résorber. Il faudra toutefois plusieurs jours sans pluie pour pouvoir vraiment changer la situation. On se doit d’être optimiste car tant que la période des récoltes n’est pas terminée, on se doit d’avoir espoir qu’elle sera meilleure en septembre et octobre.»

Enfin, le commissaire agricole est conscient que le mauvais temps a eu des impacts négatifs pour plusieurs producteurs, mais il est aussi d’avis qu’il en a eu de très bons pour d’autres. «La rupture des stocks a entraîné une mouvance des marchés chez certains clients. Des producteurs ont dû acheter des produits chez d’autres producteurs pour suffire à la demande. Ceux-ci pourront attaquer de nouveaux marchés dans les mois à venir. Le mauvais temps a aussi permis à certains producteurs de vraiment prendre le temps de discuter avec leurs clients et de travailler sur leur mise en marché. Cette saison plus difficile pourrait bien ouvrir de nouvelles opportunités d’affaires à plusieurs producteurs», a admis Alain Beaudin, tout en soulignant, avant de conclure, que le prix des légumes va augmenter cet automne en épicerie. On ne doit pas l’attribuer au mauvais temps mais plutôt à la hausse du prix de l’essence!

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