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L’avenir de Conporec entre les mains de ses créanciers et de la MRC, sa principale cliente
12 Août 2008 - Les 2 Rives - Louise Grégoire-Racicot - C’est sans tambour ni trompette que l’usine Conporec de Sorel-Tracy a fermé ses portes vendredi dernier. Elle en a averti la MRC, sa principale cliente, en fin d’après-midi, vendredi. Comme elle l’avait fait pour ses 8 syndiqués et trois contremaitres, jeudi à 17 h 30. La direction leur a toutefois précisé qu’ils étaient mis à pied pour trois mois en raison d’une situation économique particulièrement difficile.
Ce faisant, les dirigeants de Conporec ont une chose en tête, nous a confié lundi son président, Jean Beaudoin : assurer la pérennité de l’entreprise en arrivant à une entente avec ses créanciers. Ce pourquoi une cour de Québec lui a permis de se placer en fin d’après-midi, vendredi, pour un mois, sous la protection de la loi des arrangements avec ses créanciers. Un mois au cours duquel ses administrateurs mettront au point un plan de redressement de Conporec et chercheront à établir une entente concordataire avec ses créanciers à qui elle doit quelque 4 M$.
Cela implique aussi qu’elle cherchera à renouveler avec la MRC un contrat de service qui exclurait la collecte et le transport des déchets pour inclure que leur seule transformation en compost. Ce pourquoi la compagnie existe, insiste-t-il.
Ce contrat qui se termine en décembre 2010, ne peut plus durer, dit-il, car l’entreprise perd continuellement de l’argent en l’appliquant : «Le problème est que ce contrat signé il y a 18 ans ne prévoyait entre autre aucun ajustement selon les variations des coûts de l’essence. Ce n’est là qu’un exemple parmi d’autres. Il y a deux ans, on a pu rouvrir l’entente et réviser le nombre de collectes, ce qui nous a permis de passer au travers des hausses mais nous n’avons plus de jeu. Dans ce contrat, on est responsable de la collecte, du traitement des déchets mais on est, sauf pour le compost complètement dépendant d’un sous-traitant. Ce qui représente plus de la moitié de nos coûts sur lesquels nous n’avons pas de contrôle. Ça ne peut pas durer. Il faut réviser tout cela», spécifiant toutefois que le contrat qui la lie à la régie Nicolet-Bécancour est plus équilibré..
Mais insiste-t-il, Conporec n’a pas l’intention de fermer ses portes mais bien de redresser la situation et de se donner les moyens de moderniser l’usine. La mettre à la fine pointe de la technologie comme celle du Delaware qu’elle vient de construire.
Cette restructuration ne touche que Conporec Inc. et ses usines canadiennes, non australiennes ou françaises. «Aucun administrateur n’a démissionné. On ne remet pas en question notre technologie ni notre présence dans la région. On a confiance qu’avec de nouvelles ententes, on repartira sur le bon pied.»
L’usine, a-t-il conclu, est arrêtée pour quelques mois. Ses gestionnaires ont commencé à vider son bioréacteur et n’y ont pas injecté de nouveaux solides depuis quelques semaines. «Cet arrêt était planifié le temps qu’on trouve réponse à nos problèmes.»
Un service comme d’habitude
De son côté, la MRC, sa seule cliente depuis 18 ans, a dû rapidement se tourner de bord, vendredi pour assurer qu’il y aura, comme à l’accoutumée cueillette des déchets dès le début de la semaine.
Lundi, son directeur général Denis Boisvert nous confirmait que c’est le groupe EBI de Berthierville – qui assure déjà cette collecte en sous-traitance pour Conporec – qui disposera des déchets collectés au même rythme que d’habitude mais les acheminera tous au site d’enfouissement qu’elle opère.
La situation en est une d’urgence et la MRC se doit d’assurer les conditions de salubrité et de saine gestion des déchets, a-t-il dit. EBI a accepté de prendre la relève et devait présenter en fin de journée une offre de service en bonne et due forme. Mais la MRC est toujours liée à Conporec par contrat et ce jusqu’au 31 décembre 2010.
Ne reste à régler avec EBI que la gestion des matériaux habituellement déposés à la déchetterie de Conporec. «On est à la recherche d’une solution à ce sujet», a complété M. Boisvert.
Déception du préfet
Pour un, le préfet Raymond Arel s’est dit fort déçu de l’impasse dans laquelle se trouve cette compagnie grâce à qui, au cours des dernières années, la MRC a pu récupérer et recycler plus de 60% de ses matières résiduelles. Ce qui la la place au premier rang au Québec en la matière.
«Nous avions appris au cours d’une rencontre en juin que l’entreprise rencontrait des difficultés qu’elle comptait bien résoudre avec l’arrivée d’un nouvel investisseur étranger. Mais j’aurais apprécié un avertissement un peu moins subit préalable aux demandes que nous avions faites aux quatre muncipalités qui ne font pas affaire avec Conporec de joindre notre groupe, de déléguer leur gestion des déchets à la MRC et de faire affaires avec elle comme les sept autres municipalités le font déjà.»
Il est clair que la MRC ne sait encore comment elle réagira dans ce dossier devant consulter tous les maires participant dont celui de Sorel-Tracy qui ne sera de retour au pays avant la fin d’août. «Nous ne pouvons prendre de décision avant puisque c’est lui qui dispose chez Conporec du plus grand volume de déchets de notre groupe.»
M. Arel se dit aussi déçu que tous les efforts consentis par la région – que ce soit par le biais de Desjardins qui a avancé 6M$ au démarrage, d’ investisseurs privés dont lui et des municipalités qui ont signé un contrat de 20 ans avec elle – n’aient pas permis à l’entreprise de passer au travers de ses difficultés financières. «Je comprends qu’il y a eu plusieurs erreurs administratives et négligences en cours de route mais je croyais que tout était maintenant réglé. Je n’ai jamais compris qu’ils investissaient à Bécancour alors que l’usine soreloise ne tournait pas rond ici et qu’ils voulaient changer son bioréacteur. D’autant qu’ils savaient qu’on était intéressé à poursuivre notre entente avec eux. Mais il faudra voir à quel prix et comment. Comme MRC, on a soutenu cette entreprise au maximum et on a été patient. On a accepté de rouvrir l’entente de départ trois fois. Mais nous savons aussi que cette technologie est d’avant-garde, qu’elle peut diminuer passablement la pollution et le risque de contamination de l’eau par les sites d’enfouissement. Ce qui est composté ne polluera pas, c’est ce qui nous plaisait dans cette formule. J’ai bien hâte de rencontrer les maires pour que nous abordions toute cette question.»














