Cancer : lorsque la vie devient un combat

14 Juin 2008 - La Voix - Stéphanie Guèvremont - Nicole L’Espérance n’a rien d’une femme malade. Mi-soixantaine, coquette, yeux pétillants et esprit vif, elle respire la joie de vivre, mais surtout, la santé. Pourtant, la Soreloise d’origine se bat contre un cancer du sein depuis 1992. Cette combattante marchera ce soir dans le cadre du Relais pour la vie, au parc Regard-sur-le-Fleuve.

Cette année-là, Mme L’Espérance s’était découvert une protubérance au niveau de la poitrine, un kyste peut-être. Mais le 12 décembre 1992, elle reçoit un cadeau de Noël empoisonné, on lui diagnostique un cancer du sein. «Je ne pourrais expliquer comment, mais je sentais que c’était un cancer, se souvient-elle. Je vais me rappeler cette date toute ma vie.»

Animée par le désir de vivre, Nicole L’Espérance, alors âgée de 50 ans, prend 48 heures pour accuser le choc. «Je suis passée par le déni et la colère, mais je m’en suis remise rapidement parce que je devais me battre», raconte-t-elle. Même si elle est peu atteinte par les effets secondaires de la chimiothérapie, Mme L’Espérance doit apprendre à vivre autrement. «Je suis plus fatiguée, je ne peux pas aller au soleil alors je dois oublier les voyages dans les pays chauds.»

Ce n’est pas un cancer qui arrêtera Nicole L’Espérance. En 1994, elle commence à faire des heures de bénévolat à l’Hôtel-Dieu. Étrangement, les moments qu’elle passe auprès des malades l’éloignent de sa propre souffrance. Mais après 12 ans, Mme L’Espérance doit désormais faire ses adieux au bénévolat à l’hôpital. «C’est un gros deuil, je ne peux plus y aller à cause du danger des sources d’infections». Sourire en coin elle a déjà un autre projet : œuvrer au sein du Club des petits-déjeuners. « Le bénévolat est ma bouée de sauvetage.»

En 1999, après une rémission de six ans, Mme L’Espérance doit affronter une nouvelle déception, le cancer est revenu sous une autre forme. Ainsi quinze jours plus tôt, soit 16 ans après son premier diagnostique, elle poursuivait toujours ses traitements. «Je fais encore de la chimio, mais en ce moment je dois changer de traitement, car il n’est plus efficace. explique-t-elle. Le cancer est une maladie chronique, il ne dort jamais et il peut revenir n’importe quand.»

Nicole L’Espérance n’a pas peur des mots. «Le mot cancer est un mot tabou. Certains ont tellement peur qu’il n’ose pas le dire et parle de maladie ou de problème. Moi, je crois que pour affronter la maladie, il faut être capable de la nommer.» Malgré son parcours difficile, elle affirme n’avoir connu aucun moment de découragement. «Il faut persévérer et ne jamais baisser les bras.»

Si Nicole L’Espérance est aujourd’hui vivante, c’est surtout grâce à l’espoir. «J’ai toujours gardé l’espoir de vivre très vieille», sourit-elle. Néanmoins, passer au travers d’une telle épreuve demande le soutien de son entourage. «Je n’ai pas besoin d’entendre de grand discours de réconfort, un comment, ça va? suffit.» Sans compter qu’à Sorel-Tracy, «il y a beaucoup de services pour les personnes atteintes de cancer. Le centre d’oncologie de l’Hôtel-Dieu compte un groupe de soutien et des médecins et des infirmières dévouées. Ce sont de beaux cadeaux.»

Positive de nature, Mme L’Espérance a su tirer profit de sa situation et affirme toujours croire au bonheur. «La mort nous fait vivre. Maintenant j’apprécie chaque petit moment. Il ne faut jamais oublier que nous vivons sur du temps emprunté et que la vie ne tient qu’à un fil.»

Cette nuit aura lieu le troisième Relais pour la vie au parc Regard-sur-le-Fleuve. «C’est la fête des survivants et de ceux qui se battent.» Sans l’instigatrice du projet, Louise Potvin, décédée l’an dernier, l’événement ne sera pas le même. «Elle y a travaillé tellement fort qu’il faut continuer quand même. Louise Potvin était une source d’espoir», souffle Nicole L’Espérance.

Plus de 210 survivants marcheront pour amasser des fonds. «Les survivants doivent s’impliquer pour montrer qu’il y a de l’espoir et que tout est possible.» L’an dernier, le Relais pour la vie de Sorel-Tracy recueillait plus de 300 000$ pour la recherche. Même affaiblie, Mme L’Espérance se fait un devoir d’y être. «Tant que je serai en état, je vais participer au relais.» Si elle peut le faire, nous aussi.

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