Il en appelle aux fournisseurs, employés et décideurs
Le président de QIT-Fer et Titane ébranle l'image mythique de l'entreprise riche et sans faille

28 Février 2007 - Les 2 Rives - Le président de QIT-Fer et Titane, Jean-Francois Turgeon, a brisé le mythe qui veut que son entreprise soit solide comme du roc, riche comme Crésus.

Elle n'a plus les rendements qu'elle a déjà eus - quand elle avait le monopole de la scorie de titane - et doit faire des efforts particulièrement drastiques pour rapporter à ses actionnaires des rendements supérieurs à 5 % comme c'est le cas. rendements dont ils ne sauraient se satisfaire encore longtemps eux qui visent plutôt en tirer 20% avant impôts et intérêts.

C'est devant quelque 150 membres de la Chambre de commerce de Sorel-Tracy qu'il a livré une réflexion qu'il fait aussi devant ses employés devant plusieurs mois déjà. Et qu'il a choisi de poursuivre devant des fournisseurs et des décideurs de la région.

Mais il n'a pas fait que tirer une sonnette d'alarme. La situation est grave, a-t-il dit, mais ne l'inquiète pas outre mesure parce que l'entreprise a déjà pris les moyens de redresser sa situation.

Des virages nécessaires

Mais cela ne se fait pas sans changements dans les façons de faire administratives et techniques. Et sans non plus que toutes les personnes qui ont à voir avec QIT travaillent dans le même sens, qu'ils soient des employés, des fournisseurs ou des décideurs de la région. "QIT est à se renouveler parce qu'elle ne veut pas devenir un deuxième Magnolia ou Norsk Hydro et fermer. On veut, dans 50 ans, encore être ici. Il nous faut donc nous repositionner stratégiquement."

QIT est encore compétitive et rentable, dit-il, mais compose avec la présence de nouveaux compétiteurs installés en Afrique, en Asie et en Australie qui ont des coûts de production moins élevés et la forcent à toujours améliorer sa compétitivité, sa rentabilité.

"La division des minéraux industriels de l'entreprise mère, Rio Tinto, est la division la moins rentable pour les actionnaires avec 5% de rendement. Par comparaison, la division "cuivre" a atteint plus de 50% de rendement. Avant, nous n'avions pas de concurrence. On pouvait fixer nos prix selon le coût de production plus un profit. Si le coût de production augmentait, l'entreprise n'avait qu'à ajuster ses prix. Ce n'est plus le cas."

Financièrement, elle doit donc diminuer ses coûts d'opération, rationaliser ses dépenses et développer de nouveaux marchés qui diversifieront ses sources de revenus. Produire à pleine capacité et pratiquer une politique agressive de prix pour ses produits.

Ce qui implique certes qu'elle sera encore plus sélective dans le choix de ses fournisseurs. Ils devront, dit-il, endosser sa philosophie faite de rigueur, d'éthique, de transparence et de communication. Tout cela ayant en tête l'efficacité, le développement durable et la sécurité des personnes qui y travaillent, des atouts importants de réduction des coûts.

QIT compte aussi que le minerai de Madagascar qu'elle traitera sous peu lui permettra d'occuper un nouveau créneau qui devrait la maintenir en tête. Ce pourquoi elle poursuit toujours de la recherche. Un exercice coûteux mais nécessaire.

Il y a, dans cette recherche de mobilisation et de convergence des efforts dans les décisions et l'action une obligation de résultat : "Notre performance a été décevante depuis l'an 2000. On a besoin de l'aide tous pour effectuer le virage tant dans les processus que dans l'administration, les techniques de production et l'équipement et ce, dans une perspective d'amélioration continue."

Des fournisseurs novateurs et efficaces

À cet égard, QIT suivra les plans proposés par Rio Tinto de même que ses pratiques - tels les contrats standards, politiques et procédures qu'elle propose avec les fournisseurs. "On a besoin d'innover et d'être efficace pour économiser. On ne veut exploiter personne mais travailler dans une perspective de développement durable pour tous. "

Cela change des pratiques - depuis un mois, le service des approvisionnements relève directement de Rio Tinto - mais pourra bien servir les fournisseurs qui savent répondre aux critères sévères de la maison-mère, pouvant alors penser la servir ailleurs aussi, reconnaît-il. "C'est ainsi que la concurrence nous permettra de nous dépasser et donnera accès à tous à un marché global. Ainsi nous voulons des partenariats basés sur la compétitivité et la durabilité et cherchons ceux qui offrent le plus de potentiel à long terme. Nous invitons nos fournisseurs à se dépasser, à travailler en partenariat basé sur l'écoute des besoin et pour faire face à la compétitivité mondiale.".

Pouvoir prévoir

Le long terme, c'est l'horizon fixé. Mais pour y arriver, QIT doit pouvoir prévoir les coûts importants de produire. Les coûts d'énergie notamment qui représentent 20% de sa facture et sont l'argument principal en faveur de la présence de l'entreprise en sol québécois. Il souhaite donc des coûts qui grimpent au rythme de celui de la vie, un point c'est tout.

Des questions

En réponse à une question, il a reconnu que les employés avaient bien compris les exigences d'un tel redéploiement. La dernière convention de sept ans signée récemment en témoigne, a-t-il dit, "gagnante-gagnante avec une flexibilité accrue."

L'objectif, révèle-t-il, est de doubler la production actuelle d'ici à 2012 avec le même nombre d'employés, ce qui garantira à long terme la survie de l'entreprise.

Il a aussi expliqué comment QIT diminue consciemment sa production de gaz à effet de serre avec notamment un programme de clé verte - opération plus consciencieuse des équipements quand ils ne sont pas requis par la production. Car le développement durable, comme le bien-être et l'intégrité de la collectivité où l'usine est implantée sont des priorités, au même titre que la sécurité de toutes les personnes en lien avec l'entreprise, a-t-il répété souvent.

Quant à son appel à la région, il nous a répondu qu'il pouvait se situer à divers niveaux, déplorant cependant que sa demande à Saint-Joseph de diminuer son taux d'imposition foncière depuis quelques années n'ait pas encore été entendu.

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