L'Ile de Grâce pourrait bien redevenir un paradis pour l'agriculture et les nids de canards!

23 Janvier 2007 - Les 2 Rives - Louise Grégoire-Racicot - L'île de Grâce a longuement fait la fierté de la région à cause notamment de son dernier insulaire, Henri Letendre, gardien de sa tradition

Localisée à l'embouchure du lac Saint-Pierre, elle recèle une des trois plus importantes érablières à érable argenté de l'archipel, est un vaste habitat pour la faune ailée et terrestre avec ses marais, ses zones de pâturage ou de culture à l'extrémité sud-ouest de l'île.

Habitée dès le début de la colonie française, elle fut, jusqu'à dix ans passés cultivée par MM. Letendre puis Jean-Pierre Gouin. "C'est ce qui a permis de conserver cette prairie exceptionnelle. de foin. Mais depuis une dizaine d'années, cette qualité n'est plus. Vestige d'un temps passé, cette prairie jadis de foin nature d'une superficie de plus de 250 ha, presque unique au lac St-Pierre est encore visitée par de nombreuses espèces de canards qui y nichent, mais en moins grand nombre qu'avant. Et nous voulons remettre ce secteur à l'agriculture", explique Normand Gariépy, président du Regroupement des sauvaginiers du lac St-Pierre (RS).

Plus de prairie cultivée, plus de nids de canards

Car, note-t-il, l'environnement de la prairie est favorable aux pouponnières de canards qui s'y installent à ciel ouvert, protégés par les vents qui empêchent les prédateurs - dont les renards - de dépister leur présence.

Ainsi le RS ferait-il d'une pierre deux coups : redonner aux agriculteurs un terreau fertile et aux canards un endroit de nidification élargi.

Déjà des cultivateurs se sont montrés intéressés à travailler ce sol. Il en a besoin, en friche depuis un bon moment. Il faudra le restaurer, y creuser des fossés, drainer et labourer.

Du seul côté de Sorel, une vingtaine se sont manifestés. Ils loueraient ces sols, a dit M. Gariépy. "En retour, on leur fournirait un chaland nécessaire tant au transport de la machinerie qu'à celui des semences et du foin produit.<"

L'offre est intéressante pour eux, croit-il, si on considère qu'une balle de foin se vend actuellement autour de 250$ et qu'on peut facilement en tirer 2500 de cette prairie!

Un projet qui en nourrirait d'autres!

La location de ces terres serait renouvelée chaque année et pourrait rapporter, bon an mal an, de 20 000$ à 30 000$, argent facilement injectable dans d'autres projets de restauration, d'aménagement ou de protection des habitats de l'île de Grâce, dit-il.

Quant au chaland, il coûterait 60 000$ à construire. Argent que le regroupement tente de réunir auprès de diverses municipalités riveraine du lac et d'organismes.

Son regroupement injecterait 18 000$ dans la construction de ce bateau à fond plat. "Il n'y a actuellement qu'un chaland disponible du coté de l'île du Moine et il est utilisé à plein temps par ses propriétaires. Un deuxième pour desservir l'île de Grâce et même d'autres îles, ne serait certes pas de trop", rajoute-t-il. Il pourrait aussi servir à d'autres projets destinés à la protection des berges, au désensablement des cours d'eau permettant le libre passage des poissons ou au contrôle des plantes indésirables en milieu insulaire, estime-t-il.

En quête d'appuis

Dans sa démarche, le RS a reçu l'appui de Conservation de la nature Québec qui est propriétaire de l'île.

Cette société a d'ailleurs confié aux soins d'un pourvoyeur du lac St-Pierre le soin de restaurer la maison d'Henri Letendre. Une restauration bien réussie, a dit M. Gariépy. "Il aurait été terrible de voir mourir cette si belle île, de voir disparaître une si riche prairie qui, si elle n'est pas cultivée, ferait éventuellement place à la forêt, milieu pas du tout propice à la nidification des canards."

Si ce projet voit le jour, ce sera la deuxième île, après la Ronde, a être restaurée en quatre ans. Cette dernière appartient à Environnement Canada qui y a fait retirer les animaux qui y étaient en pacage.

Il était trop tôt vendredi dernier pour savoir qui a répondu à cet appel de financement du chaland. À la MRC du Bas-Richelieu, le préfet a exprimé quelques réticences à consacrer de l'argent à ce projet parce que rien n'a été budgété pour cela en 2007. Quant à Réjane Salvail de Sainte-Anne, elle désirait plus de renseignements sur l'aspect agricole du projet avant de se prononcer.

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