Denis Lapointe ou l’art de savoir travailler la glace

5 Décembre 2006 - Les 2 Rives - Patrick Turgeon - Denis Lapointe est «iceman» au Colisée Cardin de Sorel-Tracy depuis septembre 2005. C’est lui qui assure que la glace de cet amphithéâtre sportif sera de bonne qualité entre les mois d’août et de mai. Véritable passionné de ce métier depuis 16 ans et maniaque de la confection de bonnes surfaces glacées partout en province et au pays, il ne laisse rien au hasard pour parvenir à cette fin. Ses qualités sont telles qu’il est le seul opérateur de glace québécois qualifié depuis 1999 et reconnu par les dirigeants de la Ligue nationale de hockey (LNH). Pour lui, c’est un art de savoir travailler la glace.

Rencontré au Colisée Cardin, M. Lapointe a d’abord parlé des opérateurs de «Zamboni», ces employés de la ville, qualifiés souvent de travailleurs «peu vaillants». Et ce, bien qu’ils aient à faire différentes tâches dans leur quart de travail. En plus de s’occuper de la glace, ils doivent nettoyer les vestiaires et les salles de bain. «Le métier n’est pas reconnu à sa juste valeur. Les gens croient qu’ils ne font rien d’autre que conduire la surfaceuse, enlever le surplus de neige et mettre de l’eau sur la glace. C’est mal connaître le métier. Il y en a certes qui se contentent de conduire la surfaceuse et qui ne se soucient pas de la qualité de la glace. Il y a toutefois les autres, qui demeurent sur le qui-vive afin d’être à l’affût de chaque petit détail lié à la qualité de la glace», a-t-il précisé.

Un travail concerté

Pour obtenir une glace de qualité, chaque élément ayant un effet direct sur l’état de la glace et les façons de la maintenir à une épaisseur répondant aux attentes des utilisateurs doit être considéré. Cinq minutes avant de passer la surfaceuse, l’opérateur doit remplir le réservoir d’eau contenant 727 litres à 180 degrés Fahrenheit. Sur la patinoire, il en déversera entre 400 et 500 litres d’eau. Il doit jeter un coup d’œil à l’angle du couteau de la surfaceuse car pour les jeunes joueurs, il n’est pas nécessaire de couper autant de glace que pour le hockey senior. «Maintenir une bonne glace dans un aréna, c’est une chose. En faire une de grande qualité pendant toute une saison, ça en est une toute autre», convient M. Lapointe, soutenant aussi qu’une bonne glace doit être dure.

«La réussite résulte d’un travail concerté de tous les employés. Du matin au soir, chacun doit bien faire son travail pour obtenir un produit de qualité. Par exemple, l’eau déversée par la surfaceuse sur la glace doit être à la bonne température, le couteau doit être ajustée à la bonne hauteur et au bon angle, l’opérateur de la Zamboni doit éviter de passer plusieurs fois au même endroit pour éviter de déniveler la surface et il faut utiliser parfois la petite tondeuse pour égaliser les bords de glace», a précisé M. Lapointe, tout en notant au passage que le pire ennemi de la glace, c’est l’air qui se glisse entre deux couches de glace. C’est à ce moment que l’on perd de vue les lignes de couleurs et que la glace devient difficile à conserver dans un parfait état», a renchéri le «iceman».

Ce qui se passe à l’extérieur de l’amphithéâtre a aussi un effet direct sur la glace du colisée. Dès le matin d’un match du Mission, par exemple, M. Lapointe examine quelle température est prévue dans la journée et quelle foule est attendue en soirée. Il tient aussi compte des utilisateurs pendant la journée afin d’ajuster l’épaisseur de la glace en soirée. En août et septembre, alors que c’est chaud et humide à l’extérieur, ça explique pourquoi la température ambiance à l’intérieur du colisée est plus froide. «On évite de se retrouver avec une glace molle en raison de la chaleur. Dès le début du match, l’arbitre va nous donner l’heure juste. On peut réajuster le tir si les modifications sont mineures».

Une grande passion

Ce n’est pas d’hier que Denis Lapointe est passionné de glace. C’est alors qu’il était militaire dans l’armée canadienne qu’il l’a découverte. Professeur d’éducation physique en charge de l’aréna d’Edmonton au milieu des années 80, il a appris un à un les rudiments du métier. Au fil des ans, il a obtenu sa certification ORFA (Ontario recreation facility association). Au Québec, ce type de certification n’existe pas. Aujourd’hui, il est considéré comme une sommité dans son domaine, tant au hockey qu’au curling. «Être en charge d’une glace au curling, c’est très exigeant car le moindre petit élément peut changer la structure de la glace, la vitesse de la pierre et l’allure de la partie», dit-il.

Toujours comme militaire, il a donné des cours partout au pays, avant de quitter l’armée en 1995. M. Lapointe a alors entrepris une carrière qui l’a amené à être en charge de glace dans des arénas à Vancouver, Toronto, Brossard et Anjou. Partout où il est passé, il a trouvé la façon de donner la qualité maximale à la glace. En plus de sa passion pour la confection de glace, il peinture chaque été, avec les membres de sa famille, les logos et les sigles que l’on retrouve sous la glace. Des opérations effectuées à base de gouache, avant de compléter les ¾ de pouce de glace que compte une patinoire. Ses services sont réquisitionnés à Sorel-Tracy mais aussi dans plusieurs autres arénas du Québec.

«Les logos donnent la vie à la glace. Ils sont de plus en plus présents sous la glace. Nous sommes toutefois peu à se partager le travail. Il y a plusieurs responsables de glace au Québec qui ne connaissent que leur aréna, mais moi, j’ai acquis des trucs importants en travaillant dans plusieurs petits arénas. Mon travail est reconnu et j’en suis fier», a-t-il conclu, tout en admettant que sa réussite représente un accomplissement personnel.

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