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Boire et conduire : pas seulement une question d’ébriété!
29 Novembre 2006 - Les 2 Rives - Patrick Turgeon - Boire, conduire, choisir. C’est le slogan d’Éduc’Alcool, mais aussi une décision que prendront des milliers de personnes à l’occasion des partys des Fêtes. Boire un verre entre amis et arroser un bon repas, ça peut être agréable, mais lorsqu’on se joint à un groupe pour faire la fête, on doit avoir en tête que les mélanges rendent malades et surtout, qu’il est interdit de prendre la route après avoir pris un verre de trop, car on a souvent les facultés affaiblies avant même d’avoir atteint la limite légale de 80 milligrammes d’alcool par 100 ml de sang. Boire modérément est toujours gagnant, mais encore faut-il savoir quand s’arrêter pour éviter le pire!
Jeudi midi dernier, l’auteur de ces lignes et une ex-collègue au journal, Marilyne Champagne, ont accepté de vivre une expérience terrain et de faire la preuve que les effets de l’alcool varient considérablement d’une personne à une autre selon le sexe, le poids, la masse musculaire et la grandeur. Ils ont aussi confirmé que les facultés peuvent être affaiblies sans même avoir atteint la limite légale de .08. Car, faut-il le rappeler, la capacité de conduire s’évalue à partir de différents indices qui mettront en évidence le comportement d’un individu qui a consommé. Enfin, ils ont admis que les effets de l’alcool sont progressifs et ont commencé dès la première consommation. C’est d’abord le jugement qui est altéré au fur et à mesure que les effets se font ressentir.
Accompagné par le sergent Richard Gosselin, porte-parole à la Sûreté du Québec de la MRC du Bas-Richelieu, les deux «bénévoles» se sont rendus au Restaurant Tracy afin de prendre un repas et quelques consommations comme le font plusieurs employés et leurs patrons pendant la période des Fêtes. Fait à préciser : les deux cobayes n’ont pas du tout le même physique : l’une fait 5 pieds et deux pouces et pèse 120 livres. Son accompagnateur masculin mesure 5’8 pieds et pèse 220 livres. Les deux ont toutefois pris un déjeuner léger avant d’entreprendre leur journée de travail, vers 8 h 30. Et ils se sont rendus au restaurant, un peu après 11 h 30, à bord du véhicule de police, pour vivre une expérience concluante et démontrer certaines réalités des effets divers de l’alcool.
À l’aventure
Il était 11 h 50 lorsqu’ils ont pris leur première consommation : Mme Champagne, une Corona, et l’auteur de ces lignes, une Coors Light. Dès midi cinq, le cobaye masculin a entamé une seconde bière. Mme Champagne a pris quelques minutes de plus pour boire sa consommation et c’est à 12 h 16 qu’elle en a commandé une seconde. En fait, les deux ont pris une heure pour consommer deux bières avant de se mettre à table. Pendant la seconde heure au restaurant, tout en mangeant un repas bien équilibré -une demi brochette de poulet et du foie de veau comme plat principal - ils ont ingurgité chacun trois coupes de vin et un digestif - Une Tia Maria avec du lait pour Mme Champagne et une crème de menthe verte sur glace pour le journaliste. Pas de doute pour eux, leurs facultés sont affaiblies par les effets de l’alcool.
Pour le bien de l’exercice, le policier Gosselin a effectué plusieurs tests avec le Drager tout au long du repas. Vers 13 h 45, le journaliste affichait un taux de .44. C’est un peu plus de la moitié de la limite légale par loi. Malgré tout, il disait ne pas être en état de conduire sa voiture. Il était étourdi et sentait un picotement dans sa figure. «Mes réflexes sont différents de ceux que j’ai habituellement. Il est clair que je ne retournerais pas au travail avec ma voiture», a-t-il dit au sergent, alors que sa consoeur affichait un test «Fail», ce qui signifiait qu’elle était en état d’ébriété. «Depuis que j’ai terminé ma deuxième consommation, il est clair dans mon esprit que je ne suis pas apte à conduire ma voiture», a ajouté Mme Champagne, avant qu’ils ne quittent le restaurant vers 14 h 10 en direction du poste de police… à bord de l’autopatrouille.
Arrivés au poste vers 14 h 20, ils ont été reçus par l’agent Alain Hogue, spécialiste en alcootest. Après avoir suivi les procédures légales habituelles, entre autres attendre 20 minutes après l’arrivée des «suspects au poste», il a demandé à Mme Champagne de souffler. Résultat de l’alcootest : .112. Elle était donc en état d’ébriété. Suivra quelques minutes plus tard l’auteur de ces lignes, intrigué de connaître le résultat de l’analyse. Contrairement à sa consoeur, il ne sera pas trouvé en état d’ébriété. Le résultat du test a donné .46. «Cela prouve donc qu’un automobiliste n’a pas besoin d’échouer l’alcootest pour conduire avec les facultés affaiblies», a précisé le sergent Gosselin, alors qu’on se répétait que dès le moment qu’une personne se demande si ses facultés sont affaiblies par l’alcool, elle ne doit pas prendre le risque de conduire.
L’alcool tue!
Enfin, cette expérience a aussi permis à ceux qui l’ont vécue d’apprendre à mieux se connaître, ce que bien des gens devraient faire afin d’éviter de mauvaises surprises. Car, est-il important de le rappeler, c’est le foie qui assure la plus grande part du travail d’élimination de l’alcool consommé et il ne peut faire de miracles lorsqu’il est bombardé. «Il ne sert à rien de vous fier à votre voisin, à votre collègue ou à tout autre partenaire de consommation pour vous fixer vos propres limites. Chacun réagit différemment à l’alcool selon sa personnalité et son état au moment de la consommation. Plusieurs autres facteurs jouent également un rôle chez l’humain. Malgré tout ce qui est fait et dit, la conduite en état d’ébriété demeure la principale cause de décès sur les routes du Québec. Cette année, agissons avec intelligence et faisons en sorte d’éviter de contribuer à hausser cette triste statistique en cette période de festivités».














