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Les producteurs céréaliers déversent leur mécontentement

photo: Patrick Turgeon
7 Novembre 2006 - Les 2 Rives - Patrick Turgeon - Tout comme ils l’avaient fait, il y a deux mois à Saint-Hyacinthe, une vingtaine de producteurs céréaliers de la région de Sorel sont débarqués aux installations portuaires de Sorel-Tracy, lundi matin (hier), afin de signifier au gouvernement fédéral leur mécontentement. À titre symbolique, ils ont déversé un voyage de maïs devant les élévateurs à grains, au port de Sorel, une institution fédérale, question de rappeler au ministre canadien de l’Agriculture, Chuck Strahl, l’importance d’agir sans plus tarder afin d’éviter d’ajouter au manque à gagner des producteurs céréaliers, lui qui impose des mesures transitoires immédiates, soutient le Syndicat régional des producteurs céréaliers.
En fait, ont rappelé d’entrée de jeu les responsables du Syndicat des producteurs de cultures commerciales de la région de Saint-Hyacinthe et de l’Estrie, le secteur des céréales est aux prises avec l’une des pires crises de revenu de son histoire. Une crise qui entraîne un manque à gagner, entre autres, chez les 350 producteurs de la région de Sorel. Le président du Syndicat des producteurs de cultures commerciales de la région de Saint-Hyacinthe et de l’Estrie, Ghislain Beauchemin, nous a expliqué que les producteurs canadiens et américains ne se battent pas à armes égales sur le marché nord-américain en raison des subventions accordées par le gouvernement américain à ses producteurs.
«Au Canada, le fédéral ne prend pas soin de verser des subventions à ses producteurs. Les subventions américaines, qui causent un préjudice commercial aux producteurs de cultures commerciales du Québec et du Canada, ainsi que l’inertie du gouvernement canadien à établir des programmes compétitifs de sécurité du revenu, occasionnent de lourdes pertes aux producteurs céréaliers canadiens et québécois. Depuis plusieurs années, le soutien accordé aux producteurs américains maintien à la baisse le prix des céréales sur le marché nord-américain. Cette situation doit changer car les producteurs céréaliers québécois et canadiens ne pourront continuer à absorber encore longtemps le manque à gagner causé par la baisse du prix des céréales», a affirmé M. Beauchemin.
Un préjudice commercial
Dans cette optique, il a rappelé que l’Agence des services frontaliers du Canada a reconnu, en mars 2006, que les producteurs céréaliers canadiens étaient confrontés à un préjudice commercial de 70 $ la tonne sur l’importation de maïs des États-Unis. Cela signifie qu’ils devraient vendre leurs céréales 190 $ la tonne pour obtenir un équilibre à leur production plutôt que les 125 $ la tonne comme ils se vendent depuis trois ans. En fait, ils ne peuvent réussir à obtenir le prix du marché en raison de la différence importante des subventions vouées au secteur des grains entre les États-Unis, l’Europe et le Canada. À titre d’exemple, le gouvernement américain verse en subvention 300 $ l’hectare à ses producteurs, l’Europe 275 $ l’hectare et le Canada, un maigre 25 $.
«Les producteurs américains, grâce aux subventions qu’ils reçoivent de leur gouvernement, arrivent sur le marché canadien avec des prix de dumping. Avec de tels prix, on ne peut pas obtenir nos coûts de production, et ce, malgré nos efforts. Il y a des limites à l’efficacité», a ajouté M. Beauchemin, tout en répétant que par leurs actions sur la place publique depuis deux mois, les producteurs céréaliers veulent sensibiliser la population au fait qu’ils ne sont pas appuyés par Ottawa. «Il est impératif que le gouvernement canadien révise en profondeur ses programmes de soutien aux producteurs céréaliers. Le manque à gagner des producteurs est de 200 millions par année. Ils ne peuvent refiler la totalité de cette facture aux producteurs-consommateurs de grains!»
Pourtant, les producteurs céréaliers canadiens produisent annuellement les 3,5 millions de tonnes de maïs demandées. «Nous avons une agriculture efficace, qui obtient le rendement souhaité, mais le gouvernement canadien laisse l’agriculture de côté au profit de d’autres secteurs. Le manque à gagner des producteurs les force à occuper un second emploi en ville ou à développer d’autres activités dans des secteurs tels le déneigement et le transport et ce, pour parvenir à obtenir à joindre les deux bouts», a précisé M. Beauchemin. Et de renchérir Alain Gervais, administrateur du syndicat et membre exécutif du Syndicat des producteurs de cultures commerciales de la région de Saint-Hyacinthe et de l'Estrie : «Ce n’est plus l’agriculture qui fait vivre la famille, mais la famille qui fait vivre l’agriculture. À l’heure actuelle, les producteurs nourrissent la société à leurs frais. Ça ne peut continuer ainsi encore longtemps».
L’avenir des producteurs
En fait, ce qu’il faut vraiment se demander, dit-il : voulons-nous voir disparaître l’agriculture canadienne et être aux dépens des autres pays du point de vue alimentaire? «Si le gouvernement canadien ne fait rien pour aider les producteurs, plusieurs cesseront de produire et quitteront leurs terres. Le Québec et le Canada devront alors importer leur maïs de pays étrangers. On laissera alors rentrer aux pays des produits étrangers sans avoir un plein contrôle sur sa qualité et ses indications de production», a affirmé M. Beauchemin, rappelant au passage que le gouvernement conservateur n’a toujours pas honoré sa promesse de réformer le programme canadien de stabilisation du revenu agricole (PCSRA). Voilà pourquoi les producteurs céréaliers manifestent toujours.
À cet effet, le Syndicat a tenté au début octobre de rappeler cet engagement en expédiant plus de 1 600 lettres contenant un grain de maïs au ministre Strahl. Le 26 octobre, ce sont 15 poches de grains qui ont été envoyées au ministre pour réitérer cette demande. «Vous verrez apparaître, à des intersections passantes, des poches de grains avec des pancartes indiquant nos revendications», prévient M. Beauchemin. Il mentionne de plus que de telles actions se poursuivront dans l’ensemble de la province. «Et si rien ne bouge, on devra déplacer beaucoup de monde et déverser de plus grandes quantités de grains», a conclu le président du Syndicat, tout en espérant que la rencontre des ministres provinciaux de l’agriculture, à la mi-novembre, donnera des résultats.














