Une étude confirme l'importante hausse de la clientèle âgée en transit à l'Hôtel-Dieu

5 Novembre 2002 - La Voix - La Régie régionale de la Santé et des Services sociaux dépêchera à l'Hôtel-Dieu de Sorel des "accompagnateurs" dont le rôle sera de valider les solutions à prendre pour enrayer les effets de la hausse de la clientèle âgée en attente de transfert. Cette clientèle occupe non seulement des lits de soins de courte durée dans une proportion de 43,5 %, mais elle contribue également pour 2,3 M $ des 3,2 M $ du déficit appréhendé pour l'exercice financier 2002-2003.

Le rapport final de la firme Conseil en immobilisation & management (CIM) intitulé "Étude sur l'utilisation des lits en soins de courte durée de l'Hötel-Dieu de Sorel" a été déposé le 25 octobre dernier au directeur de la Régie régionale, le Dr Luc Boileau, en présence des représentants de l'Hôtel-Dieu et du député de Richelieu, Sylvain Simard.

Un des premiers constats de cette étude confirme que le pourcentage de personnes âgées vivant dans le Bas-Richelieu (16 %) est plus élevé que les moyennes montérégienne (11 %) et nationale (13 %).

Rencontré cette semaine, le directeur général de l'Hôtel-Dieu, Pierre-Yves Desjardins, a également porté à notre attention les prévisions démographiques de 2011 : alors qu'on prévoit une diminution de la population, qui passera de 50 773 personnes à 46 500, le nombre de personnes âgés, lui, sera croissant. En effet, on prévoit qu'en 2011, 22 % de la population du territoire sera âgée de 65 ans et plus, alors que le pourcentage sera de 15 % en Montérégie, et de 16 % au Québec.

M. Desjardins note également que le pourcentage québécois de personnes âgées en 2011 est le même que l'actuel taux dans le Bas-Richelieu.

La clientèle âgée compte pour 43,5 % des usagers de l'Hôtel-Dieu, alors que le pourcentage est de 38 % en Montérégie et au Québec. Les personnes âgées occupent un équivalent de 80 lits sur une base annuelle.

CIM note que le taux moyen d'occupation des lits de courte durée est en croissance. Sur les 16 dernières périodes, il est en moyenne de 107,5 %, mais si on isole les plus récentes périodes, il a été de 116,7 %, avec 179 lits occupés en moyenne, alors que l'Hôtel-Dieu compte 153 lits dressés, incluant 19 lits en santé mentale.

CIM constate également qu'une bonne partie des lits occupés le sont par des patients en attente de transfert dans un autre type d'établissement. Là également, le nombre de lits occupés par cette clientèle est en croissance, alors que paradoxalement, le taux de placement en CHSLD (soins de longue durée) est décroissant, passant de 61 % à 50 % entre 2000 et 2002.

Ainsi, le nombre de patients en demande de placement était de 136 en 2000-2001. On a pu en placer 99 personnes, ce qui correspond à 73 %. En 2001-2002, le nombre de patients était de 132. On n'a pu en placer que 60, soit un pourcentage de 45 %. Dans les autres centres hospitaliers de la Montérégie, le pourcentage de placement est contrairement passé de 66 % à 75 %.

De plus, autant le nombre de lits occupés par les clientèles régulières de courte durée que ceux occupés par les clientèles en attente de transfert est en croissance. Le nombre total de lit excède le nombre de lits dressés, l'écart étant en moyenne de 26 lits.

Le manque de médecins provoque l'engorgement aux urgences
Un autre problème vécu par l'Hôtel-Dieu est le manque de médecins. Ainsi, le rapport note que le ratio d'omnipraticiens en cabinets privés est plus faible que la demande, et que, de façon générale, on observe que l'offre de services aux personnes âgées est inférieure aux besoins théoriques de la population.

C'est donc dire que la clientèle se présente invariablement à l'urgence, fait remarquer M. Desjardins.

Le rapport indique que le nombre de visites est plus élevé qu'ailleurs au Québec, tant pour l'urgence que dans les cliniques externes, compte tenu du manque de médecins en cliniques privées. L'urgence de l'Hôtel-Dieu reçoit 639 visites par 1000 personnes alors qu'en Montérégie, les CH reçoivent 430 usagers, et dans les CH comparables du Québec, le nombre est de 507. L'écart est sensiblement le même pour les visites aux cliniques externes.

Finalement, la firme conseil y va de certaines pistes de solutions et de recommandations. Plus particulièrement, en ce qui concerne la clientèle en attente de transfert, on suggère l'achat de places pour ce type d'usagers, puisqu'une quarantaine de ces patients génère des dépenses annuelles d'environ 2,3 M $. On suggère également de s'assurer d'un processus de planification des services entre l'équipe de gériatrie, l'hôpital de jour et le maintien à domicile du CLSC. Selon M. Desjardins, l'Hôtel-Dieu travaille déjà à un tel programme de concert avec le CLSC du Havre.

Les accompagnateurs expédiés par le gouvernement chercheront surtout à éliminer le déficit appréhendé de 3,2 M $. Selon M. Desjardins, si on excepte les 2,3 M $ attribuables à une clientèle qui, normalement, ne devrait pas se retrouver à l'Hôtel-Dieu, les autres facteurs de déficit se trouvent au niveau de l'hémodialyse et en oncologie.

En hémodialyse, la demande, contrairement aux prévisions, est croissante, et ça coûte près de 500 000 $ supplémentaires, sans recevoir les sommes nécessaires de la Régie régionale. Cette dernière, devant un cas similaire à Granby, a pourtant accepté de hausser le budget de ce CH, au grand dam de M. Desjardins.

D'autre part, le budget du département d'oncologie est également en croissance. M. Desjardins fait remarquer que l'incidence du cancer est plus élevée dans le Bas-Richelieu. Le cancer est également plus élevé chez les personnes âgées, dont la proportion est également à la hausse. Un autre trou budgétaire de 600 000 $.

La Régie continue de nous demander des efforts, note M. Desjardins. Pourtant, tout a été mis sur la table. On est pris dans un entonnoir : nous avons de plus en plus de patients en transfert, alors que le taux de placement en CHSLD diminue. Il y a donc un refoulement. Le problème, c'est que nous n'avons pas l'argent pour supporter la situation, estime M. Desjardins.

La venue des accompagnateurs permettra finalement aux fonctionnaires gouvernementaux d'appréhender la réalité qui aura cours au Québec dans 10 ans. Les gestes posés vont aligner ce que les autres devront faire dans dix ans, a enfin fait remarquer M. Desjardins.

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