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Ils en ont assez de l’inaction d’Ottawa
Les producteurs de cultures commerciales se mobilisent
22 Août 2006 - Les 2 Rives - Patrick Turgeon - Les 300 producteurs de cultures commerciales du Bas-Richelieu et les quelque 11 000 autres producteurs du Québec en ont assez de voir le gouvernement fédéral demeurer inactif ou encore agir contre eux plutôt que pour eux. Considérant que leur avenir immédiat est menacé et qu’il est nécessaire qu’Ottawa intervienne avec des mesures répondant vraiment aux besoins de ceux qui nourrissent la base de l’agriculture, ils ont entrepris, jeudi dernier, devant les bureaux de Financement agricole Canada, à Saint-Hyacinthe, une série d’une cinquantaine de déchargements de grains qui auront lieu ces prochaines semaines partout sur le territoire québécois. Une grande mobilisation menée par la Fédération des producteurs de cultures commerciales du Québec (FPCCQ).
Les subventions internationales sont à la source même de cette crise, nous a expliqué Ghislain Beauchemin, président du Syndicat des producteurs de cultures commerciales de Saint-Hyacinthe/Estrie, le syndicat affilié à la FPCCQ qui a initié cette première action. Ces subventions font chuter les cours mondiaux et laissent souvent les producteurs avec des revenus du marché qui ne couvrent pas leur coût de production. Cela amène donc les producteurs à se tourner vers des emplois supplémentaires pour combler la perte de revenus. «Si le gouvernement ne nous a pas pris au sérieux au printemps dernier, il réalisera vite son erreur car nos confrères des autres régions du Québec sont à préparer d’autres déchargements de grains pour les semaines à venir», a-t-il fait savoir.
Concrètement, M. Beauchemin nous a rappelé que le gouvernement canadien, sous la direction du Parti libéral, avait promis aux producteurs québécois une aide financière de 1,75 milliard de dollars. Au printemps, les conservateurs ont annoncé aux producteurs qu’Ottawa leur verserait 1,5 milliard de dollars de base. Le programme Options pour les familles agricoles canadiennes, annoncé à la fin juillet, était peut-être bon pour les producteurs de l’Ouest canadien, mais ne répond pas aux besoins de ceux du Québec, soutient le président Ghislain Beauchemin. Ce programme est inadéquat pour satisfaire aux besoins des agriculteurs. Aussi, le gouvernement n'a jamais jugé bon de consulter ces derniers sur la venue de ce programme qui leur assure un revenu net familial de 25 000 $.
«Depuis trois ou quatre ans, les producteurs supportent l’agriculture à leurs frais. La hausse du dollar canadien explique entre autres cette réalité, mais il n’empêche que ça nous prend l’aide d’Ottawa pour espérer demeurer compétitifs avec les Américains», a-t-il ajouté, faisant référence au fait que le programme canadien de stabilisation des revenus agricoles (PCSRA) est défaillant et tous les intervenants l’ont admis, ceux du gouvernement comme les autres. «Faudra-t-il voir disparaître le quart, la moitié, voire davantage, des producteurs de grains du Canada avant que le gouvernement réagisse?», s’interroge M. Beauchemin, confirmant que le gouvernement canadien n’a pas fini de voir les producteurs de cultures commerciales se faire entendre cet automne.
Dans cette optique, le président de la FPCCQ, Christian Overbeek, a indiqué qu’un
nombre inquiétant d’entreprises agricoles ont dû fermer leurs portes ce printemps après des semailles désastreuses. Le gouvernement fédéral a cru pendant longtemps que les négociations à l’Organisation mondiale du commerce (OMC) allaient résoudre une fois pour toutes la question des subventions déloyales, entre autres celles octroyées par le gouvernement des États-Unis à ses producteurs de grains. «Le récent échec de ces négociations a donné raison à nos appréhensions, soit que le processus de l’OMC ne se règlerait pas de sitôt et que le gouvernement doit procurer aux producteurs un nouveau programme, et ce, de toute urgence», a-t-il déclaré par voie de communiqué de presse.
En fait, la FPCCQ soutient haut et fort que le gouvernement doit comprendre qu’il est impossible, au Canada, de maintenir un secteur agricole fort sans subvention. Dans le grain, du moins, a-t-il noté, ça ne fonctionne pas. «La situation financière précaire de plusieurs producteurs les amène à occuper d’autres emplois extérieurs à leur travail d’agriculteur. Ils décrochent des contrats dans les secteurs du transport, du déneigement et de la tonte de gazon, par exemple. Plusieurs occupent un emploi secondaire d’une vingtaine d’heures par semaine dans des domaines connexes. C’est inquiétant car ça signifie qu’ils ne peuvent investir autant de temps et d’efforts dans leur métier d’agriculteur et ainsi continuer à améliorer l’environnement dans lequel ils vivent».
Précisons enfin que la FPCCQ regroupe onze syndicats affiliés répartis dans toutes les régions du Québec. Elle compte près de 11 000 membres qui cultivent, principalement pour la commercialisation, plus de 900 000 hectares de cultures. Ces cultures comptent essentiellement l’avoine, le blé, le canola, le maïs, l’orge, le soya et les haricots. La FPCCQ est une fédération affiliée à l’Union des producteurs agricoles (UPA) du Québec.














