Éli Diab veut rejoindre les rangs de la Croix rouge dans son pays natal, le Liban

30 Juillet 2006 - Les 2 Rives - Louise Grégoire-Racicot - À Sainte Victoire, rang Nord, où il habite avec son épouse Lucie, Éli Diab a construit, attenante à sa maison, une petite serre où poussent des figuiers.

C'est un peu comme cela, là où ils ont élevé leur quatre enfants, loin de son village natal d'Ain-Ebel, au Sud Liban - a 5 kilomètres de la frontière d'Israël, qu'il entretient un lien quasi organique avec sa terre natale où il séjournait, il y a quelques semaines encore.

Arrivé au Québec en 1963, ingénieur de formation, il travaillait jusqu'à tout récemment chez Hydro-Québec, à la centrale thermique de Sorel-Tracy. Aujourd'hui à la retraite, il compte bien retourner dans son pays perturbé par la guerre, avec la Croix-rouge internationale, dit-il, auprès de qui il a déjà posé sa candidature.

Les besoins de reconstruction sont trop grands pour qu'il ne fasse rien. "Je crois que je pourrais aider grâce à mes connaissances, dans plusieurs domaines. Tellement d'infrastructures qui avaient été enfin reconstruites après la guerre civile qui a déchiré le pays de 1975 à 1990, ont été détruites jusqu'à maintenant par les bombardements."

Oui, il peut être difficile de croire que quelqu'un choisisse de quitter la paix de sa campagne pour rentrer dans son petit village (quelques centaines d'habitants) chrétien catholique du Sud-Liban, en montagne, menacé par les représailles d'Israël à l'égard des musulmans du Hezbollah.

Cet amour pour son coin de pays, il le traduit en nous montrant des photos prises au printemps alors qu'il y passait deux mois - des champs aux fleurs luxuriantes et colorés, des oliviers omniprésents, de vieilles maisons construites à flanc de montagne où les gens vivent modestement mais heureux. Parfois sans électricité.

Son humanisme lui impose cette décision d'y retourner le plus tôt possible. Sa foi chrétienne nourrit son intention de faire quelque chose pour ceux qui n'auraient même pas où aller ou ne peuvent physiquement quitter leur village parce que malades.

Ses liens avec le Liban sont toujours étroits, même s'il n'y est pas allé entre 1982 et 1999, notamment pendant la guerre civile (1975-1990) qui a déchiré le pays. Mais depuis, il y est retourné quatre fois avec les siens. Pour que ses enfants connaissent le pays de leurs aïeuls. Pour qu'ils y rencontrent aussi son frère qui vit toujours là-bas avec femme et enfants, des oncles et tantes ainsi que de vieux amis avec qui il entretient encore des relations qui lui sont importants.

C'est cela sentir l'appartenance à deux pays, dit-il : "celle qui permet de se sentir chez-soi au Canada et au Liban. Mais celle aussi qui fait que quand tu es là-bas, tu t'inquiètes de tes enfants qui sont ici et quand tu es ici, tu voudrais aider les tiens qui sont là-bas. Tu es toujours divisé. C'est facile d'être ici, si je sais que les autres là-bas sont bien. Mais si difficile quand je sais qu'ils souffrent et que je ne peux rien faire pour les aider, quand je suis ici."

D'où sa décision de partir avec la Croix-Rouge. Un appel que comprend son épouse Lucie. Mais elle ne l'accompagnera pas, même si les enfants sont adultes maintenant. " Car quelqu'un doit rester avec eux, ici", dit-il.

S'ouvrir à l'autre, prier pour lui
En attendant, poursuit-il, la seule contribution qu'il peut apporter, c'est de prier pour ses ennemis, leur pardonner. "Les gens n'ont plus cette foi profonde. Pourtant ce qui est essentiel, c'est ce qui vit en profondeur de nous. Alors que les religions devraient nous rapprocher, elles sont devenus prétextes utilisés par ceux qui sont avides de pouvoir ", déplore-t-il en se rappelant avec nostalgie comment son village chrétien vivait autrefois en harmonie, entouré de musulmans chiites.

"Aujourd'hui encore, j'ai de bons amis qui sont musulmans. Ce n'est pas parce qu'on ne pratique pas la même religion qu'on ne peut entrer en relation harmonieuse. Je ne comprends pas non plus que des gens, quand ils sont à l'extérieur de leur pays, coexistent sans heurt, à Montréal par exemple, et que dans leur pays, ils se déchirent. À cette guerre je ne vois pas d'autres solutions que de troquer la violence destructrice contre le pardon, l'amour de l'ennemi. Je comprends que c'est fort difficile d'aimer son ennemi. Même souvent peu possible. Mais le simple fait de penser à le faire, t'ouvre déjà à l'autre et permet que de belles choses arrivent. J'en ai la conviction parce que j'ai déjà vécu quelque chose de semblable. Ça ne peut que générer de bonnes choses."

C'est cette foi profonde qui le guide. Comme elle l'amène à en appeler à ses concitoyens libanais installés au Canada, qui critiquent vertement la position et l'action du gouvernement canadien et sa lenteur à intervenir pour permettre aux ressortissants qui étaient au Liban de rentrer au pays. " Nous vivons au Canada, un pays qui nous a bien accueilli, qui nous a fait une place de choix et qui tente de faire ce qu'il peut avec les moyens qu'il a pour aider. Pourquoi ne pas apprécier plutôt que de critiquer?", demande-t-il.

De la même façon, il appelle les Québécois à bien s'informer de la situation. A s'abreuver à plus d'une source d'information pour se faire une idée personnelle de la situation. "Tellement de choses sont dites dans les médias qui sont fausses ou incomplètes", dit-il. Lui, qui est sans nouvelle des siens depuis que les bombardements se sont intensifiés, il se branche souvent sur Radio-Canada qui fait, dit-il, une présentation honnête de la situation.

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