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Colloque sur l’analphabétisme dans le Bas-Richelieu - «Je vois maintenant de la clarté et je sors du tunnel» – Sylvie, utilisatrice de l’Ardoise
28 Juin 2002 - La Voix - Avant, j’étais une personne isolée et renfermée. Le CLSC m’a transféré à l’Ardoise où je vais maintenant depuis quatre ans. Et aujourd’hui, je vois de la clarté, des ouvertures. Je sors du tunnel. Je suis très fière.
Ainsi témoignait Sylvie, mercredi dernier, à l’issue du colloque sur l’analphabétisme organisé par l’Ardoise du Bas-Richelieu et qui regroupait, au Centre communautaire Notre-Dame, une cinquantaine de personnes, intervenants de la région et utilisateurs des services d’alphabétisation de l’Ardoise.
J’aimerais ça que ce soit une ouverture pour d’autres, a-t-elle poursuivi, s’adressant avec simplicité et chaleur aux membres de la presse locale. Ils ne doivent pas avoir peur de foncer, parce qu’à l’Ardoise, les gens ne se sentent pas jugés. Le monde se sent bien. Les éducateurs et éducatrices prennent le temps de nous écouter et on va chacun à notre rythme. J’ai beaucoup évolué et je vois que j’avance dans la vie. Il y a quatre ans, a-t-elle fait remarquer avec humour, je n’aurais pas été capable de m’exprimer comme ça devant vous !
Intervenant depuis six ans dans le secteur de l’éducation populaire, l’Ardoise a constaté l’ampleur du phénomène relié à l’appauvrissement croissant d’une bonne partie de la population.
Sur le territoire du Bas-Richelieu, des statistiques de 1996 et 1997 démontrent que sur une population d’un peu plus de 52 000 personnes, plus de 9 000 d’entre elles ont un niveau de scolarité inférieur à la 9e année et 7 400, avec un niveau de 9e à la 13e année, sans diplôme. 18 210 personnes gagnent moins de 15 000 $, et on comptait alors près de 4 000 prestataires de l’aide sociale.
La directrice de l’Ardoise, Monique Roberge, estime qu’environ 25 % de la population bas-richeloise vit des problèmes d’analphabétisme à divers degrés.
L’objectif de ce colloque, où des intervenants de la commission scolaire et du CLSC, notamment, étaient présents, visait, sous le thème le temps d’agir ensemble, à unir les forces de toutes les organisations afin de faire le point sur la situation actuelle, d’une part, et créer une table de concertation qui aura pour mission de mettre sur pied un plan d’action.
Nous espérons aussi mettre sur pied des projets expérimentaux, notamment en milieu rural, où nous manquons énormément de ressources financières, a indiqué Mme Roberge.
Cette dernière estime que les différents services, qu’ils soient offerts par la commission scolaire où par un organisme comme l’Ardoise, sont complémentaires et non en compétition. Il y a des possibilités de projets communs, croit-elle d’ailleurs.
Selon Mme Roberge, la priorité doit aller à la prévention, dans le but de développer les compétences parentales et d’enrayer le décrochage scolaire.
Guy Desjardins, directeur de la bibliothèque Le Survenant du secteur Sorel, souhaite en ce sens inviter les enseignants et leurs classes à venir visiter la bibliothèque, une pratique qui a déjà été plus active il y a quelques années. Un autre projet devrait voir le jour à l’automne, en collaboration avec le CLSC. Une naissance, un livre, permettra à la bibliothèque de remettre un livre à chaque fois qu’un nouveau-né verra le jour.
M. Desjardins a par ailleurs fait remarquer que Sylvie, ainsi que son fils viennent maintenant à la bibliothèque régulièrement. Sylvie a déclaré souhaiter de tout cœur de voir son fils ne pas être pris avec les mêmes problèmes d’analphabétisme qu’elle.
Monique Roberge a d’ailleurs indiqué que l’analphabétisme est souvent un problème familial. Nous avons déjà accueilli à l’Ardoise une femme d’un certain âge avec ses deux enfants, d’âge adulte, et même son petit-enfant !
Par ailleurs, quand la bibliothèque municipale a aboli sa tarification, Mme Roberge dit avoir amené tous les participants de l’Ardoise qui s’y sont inscrit. C’était un geste politique, car je crois qu’il faut aller voir les livres et créer des habitudes. Il y a de plus en plus de nos gens qui y vont.
Le colloque a été animé par Fernand Deguise. Ce dernier a déclaré que plusieurs participants lui ont dit avoir appris beaucoup de choses lors de cette rencontre. On a notamment discuté de stratégies et de moyens originaux à utiliser pour aller chercher les personnes analphabètes dans leur milieu afin de les aider.
Spontanément, les gens ont admis qu’il leur fallait travailler ensemble et partager certains projets
Les gens sont repartis enchantés, ont conclu Mme Roberge, MM. Deguise et Desjardins














