Les producteurs agricoles en ont ras-le-bol de se faire traiter de pollueurs

17 Juin 2002 - La Voix - Une cinquantaine de producteurs agricoles du comté de Richelieu se sont rendus à la séance du conseil de la MRC, mercredi, pour faire connaître leur ras-le-bol de se faire traiter de pollueur par la population.
C’est la première fois que je me fait dire que je suis un pollueur et ça fait mal, a plaidé avec émotion Dollard Cournoyer, président de la Société d’agriculture et producteur laitier depuis de nombreuses années à Ste-Victoire.

Selon M. Cournoyer, certains groupes de pression, utilisant le dossier des porcheries, veulent déstabiliser l’agriculture. Ce sont des agitateurs publics qui montent la population contre les agriculteurs. Les jeunes vont se décourager et vont déserter la campagne.

Même son de cloche chez Daniel Fredette, président de la section locale de l’Union des producteurs agricoles. Selon lui, les producteurs ont fait d’importants efforts en ce qui concerne la protection de l’environnement depuis plusieurs années. Les producteurs, entre autres, utilisent de plus en plus des fumiers organiques, au lieu d’engrais chimiques. M. Fredette a d’ailleurs fait remarquer à La Voix que beaucoup de citadins utilisent des pesticides chimiques en quantité pour nettoyer leur pelouse des mauvaises herbes. Une contradiction avec le discours environnemental, estime-t-il.

D’autre part, beaucoup ont rappelé que la production agricole, ce n’est pas seulement la production porcine. M. Fredette estime, par ailleurs, que les agriculteurs sont peu consultés quant à la confection d’un règlement de contrôle intérimaire (RCI) concernant l’implantation de porcheries et la coupe à blanc dans les boisés de la région, pour lequel le comité d’analyse, formés de plusieurs maires, a dû faire un deuxième avis de motion lui permettant d’obtenir trois mois supplémentaires pour sa réalisation.

Au sujet des boisés, notamment, M. Fredette estime que tous, et non seulement les agriculteurs, doivent être mis à contribution pour inciter les propriétaires de forêts à conserver leurs arbres. Ce n‘est pas seulement aux producteurs de conserver les boisés. Ça prend une politique qui a de l’allure et qui soit équitable pour tous. Si ce n’est pas équitable, vous allez avoir de la difficulté à empêcher les propriétaires de couper leurs arbres.

Même propos chez le producteur de fines herbes, Alain Beaudin, de St-Robert, aussi membre de l’exécutif local de l’UPA : Ce n’est pas juste aux agriculteurs de sauver la planète, mais c’est à l’ensemble de la MRC, a-t-il lancé à l’intention des maires. M. Beaudin a notamment mis en contradiction la municipalité de Ste-Anne, qui dit vouloir rester «agricole» à 95 %, qui ne veut avoir sur son territoire de nouvelles entreprises de production animale.

Le développement de la production agricole constitue un dossier controversé pour lequel les élus devront pouvoir, ultimement, concilier les positions opposées des agriculteurs et des citoyens qui, tout en habitant la campagne, dénoncent ce qu’ils appellent l’industrialisation de l’agriculture.

Selon le préfet Olivar Gravel, ainsi que la présidente du comité pour la préparation du RCI, la mairesse de St-Ours Marie-Bouchard, les pressions politiques de part et d’autres sont fortes. Il faut pouvoir représenter toute la population, a fait valoir M. Gravel.

Nous avons un problème avec une action agricole, les porcheries, a pour sa part soutenu Mme Bouchard. Un problème n’existant pas seulement dans le Bas-Richelieu, a-t-elle rappelé. Nous ne sommes pas contre les porcheries ou les producteurs, mais comme élus, nous devons concilier l’urbain et le rural. Et ça, ce n’est pas facile. On a encore beaucoup du travail. La position des maires, ce n’est pas la plus joyeuse ! a-t-elle lancé. Il faut essayer de faire faire un bout de chemin à chaque groupe. J’aimerais qu’on admette qu’il n’y a pas de solution miracle.

Le maire de St-David, Raymond Arel, lui-même producteur porcin, a pour sa part fait remarquer que ce qui fait peur aux gens, c’est surtout la grosseur d’une ferme porcine que le porc lui-même. Ce qui fait peur aussi, c’est l’intégration. Ces compagnies-là, ça n’a pas de «bout», a-t-il admis.

M. Arel, qui estime que le comité du RCI, formé à peu près à parts égales entre maires producteurs et maires urbains, est équilibré. Nous vous exhortons à nous faire confiance, a-t-il finalement suggéré.

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