De Bretagne au port de Sorel-Tracy
«Le Morgatois» : un bateau qui défie le temps


Le Morgatois

15 Février 2006 - Les 2 Rives - Marilyne Champagne - "Pour vivre l'expérience de l'hiver canadien" . Voilà l'une des raisons qui ont poussé Alain Bielinski et son fils Nicolas à entreprendre, l'été dernier, la traversée de l'Atlantique, des côtes de la Bretagne jusqu'en sols canadiens. C'est après avoir touché Saint-Pierre et Miquelon et effectué des escales dans le coin du Roché percé, de Trois-Pistoles, de Rimouski, du Saguenay, de Québec, de l'Île-aux-Coudres, de Montréal et de Longueuil, que Le Morgatois, un imposant bateau à voiles et à moteur, a finalement jeté les ancres dans le port de Sorel-Tracy, en novembre dernier.

Pour sauver Le Morgatois

Construit en 1954, Le Morgatois est en fait un ancien thonier, un navire de pêche spécialisé dans la pêche au thon. Ils étaient nombreux à Morgat, un quartier maritime de Bretagne, d'où il tient son nom. Jusque dans les années 1980, on y pêchait le thon avec des tangons, une sorte de canne. Le bateau possédait sept lignes, de chaque côté, lesquelles étaient reliées à sept autres lignes, explique Nicolas Bielinski. Après avoir navigué pendant des années dans les eaux du golfe de Gascogne, les côtes de l'Atlantique et au large des côtes africaines pour la pêche à la langouste, Le Morgatois, rendu désuet à la fin des années 1980, risquait d'être détruit. C'est alors que la famille Bielinski en fit l'acquisition. "Il finissait sa marée quand nous sommes devenus propriétaires en 1990. Il ne restait pratiquement plus de ces bateaux. Compte tenu du sort qui l'attendait, nous avions ainsi l'impression de donner un sens à quelque chose, de préserver en quelque sorte le patrimoine.", confie Alain Bielinski. La famille, qui comprenait quatre garçons, décida d'y élire domicile. "Cela a tout d'abord soulevé des tas de questions et d'interrogations.", se rappelle le père de la famille, mais "on a toujours formé un bon équipage" . Durant toutes les années passées dans le bateau, les enfants ont pu aller à l'école, y apprendre un métier, en plus de vivre une expérience de mer des plus enrichissantes. Pour sa part, son fils Nicolas a complété une formation en ébénisterie. Âgé de 25 ans, celui-ci a fait remarqué que dans sa vie, il a habité plus longtemps sur l'eau que sur la terre.

Les préparatifs

Désireux d'entreprendre un voyage de longue durée, la famille Bielinski, qui ne possédait pas de formation spécifique en navigation, décida d'entreprendre elle-même les restaurations nécessaires à un long périple. Les travaux débutèrent en 2000, jusqu'à leur départ en 2005. "On a tout restauré nous-mêmes. On ne savait rien, mais on avait la passion. C'est cela qui nous a permis de tout apprendre. On a travaillé très fort. Il a fallu par exemple enlever l'ancienne cale frigorifique. Celle-ci pouvait contenir jusqu'à 20 tonnes de poissons, et la même quantité de glace. S'il nous est parfois arrivé de penser à vendre, on trouvait toujours une solution" , se souvient M. Bielinski. "Pendant que les copains allaient au billard, moi je travaillais dans le bateau" , d'ajouter son fils Nicolas. Et il n'est pas question ici d'un petit bateau puisque celui-ci fait 60 pieds de long, par 20 pieds de large, pour un poids total de 80 tonnes et un tirant d'eau d'onze pieds. Ce "vieux gréement" possède ses sept voiles et un moteur Baudouin qui date des années 1970. De 160 chevaux, il a une capacité maximum de 1200 tours. "C'est tellement lent qu'il ne s'use pas vite. Il ne fonctionne que lorsque c'est trop calme pour utiliser les voiles" , explique Nicolas Bielinski.

Le voyage

Lorsqu'ils ont quitté Douarnenez, leur port d'attache en Bretagne, le 20 juin dernier, l'équipe était alors composée de sept personnes; des membres de la famille, des amis et un passager. Dans un premier temps, ils ont fait un arrêt à Newlyn, l'un des principaux ports du Royaume-Uni. Pour assurer leur sécurité, ils ont fait le plein de 9000 litres de gasoil, des kilos de nourriture, des médicaments à la fine pointe, et près de 1800 litres d'eau, dont 400 en eau potable. Suivant la force des vents, ils se sont servis à la fois des voiles et du moteur. En 17 jours, ils étaient dans le port de St-Pierre et Miquelon. Comme l'explique les Bielinski, lors du voyage sur l'océan, chaque passager a dû assurer, à tour de rôle, la gouvernance du bateau. Au fil des escales sur le fleuve Saint-Laurent, cinq membres de l'équipage, tous âgés de 20 à 25 ans, en ont profité pour s'installer pour quelque temps en sols québécois pour y vivre une expérience de travail. Désormais deux à bord du bateau, les Bielinski ont entendu parler du port de Sorel-Tracy et de la profondeur de ses eaux. Installés dans le port depuis novembre dernier, ils s'attendaient à vivre un hiver plus froid et plus neigeux que celui qu'on a présentement. Pris dans les glaces, le bateau jouit d'une protection naturelle contre le froid. Même parés à toutes les éventualités et confiants en la résistance du bateau fait de chêne, les Bielinski appréhendent davantage le dégel du printemps que le gel de l'hiver.

S'ils sont encore mouillés à Sorel-Tracy cet été, ils souhaiteraient pouvoir développer une activité à caractère touristique.

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