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L'étrange destin de la bague familiale du Seigneur Massue
17 Janvier 2006 - La Voix - L'automne dernier, à l'occasion de la Fête des récoltes qui s'est tenue à Massueville, la population du village a eu l'honneur de recevoir Pierre Massue, descendant du seigneur Gaspard-Aimé Massue, fondateur de la municipalité.
À l'occasion de la messe de l'Action de grâce, M. Massue, qui habite maintenant à Stanstead, a prononcé une allocution racontant une épopée qui prouve hors de tout doute que la réalité dépasse parfois de beaucoup la fiction.
L'étrange destin d'une bague familiale...
M. Massue porte à son auriculaire une bague depuis maintenant 14 ans.
Cette bague, qui lui a été léguée par son père, constitue, au yeux de M. Massue, un véritable témoignage de la continuité et de la persévérance dont son aïeul aurait pu témoigner.
Gaspar-Aimé Massue portait cette bague de son vivant a-t-il raconté. Son ancêtre, né en 1812, est décédé en 1875 à l'âge de 63 ans.
Massueville doit à son fondateur une église, un couvent et un collège, qu'il a fait construire au milieu du XIXe siècle. En 1847 et 1848, il fit un grand nombre de concessions d'emplacements à bâtir dans le village, qui était alors désigné sous le nom de "Village Massue". De nouvelles constructions se sont alors regroupées petit à petit autour de la seigneurie. À cette époque, les intérêts civils et municipaux étaient coordonnés et harmonisés entre le village et la campagne (paroisse).
Plus de 25 ans après sa mort, en 1903, le Village Massue est devenu Massueville lors de la proclamation officielle du village par le lieutenant-gouverneur, ce qui a permis d'ériger une municipalité distincte de la paroisse.
Pour en revenir à la bague, précisons qu'elle était transmise de père en fils, toujours à l'aîné des garçons, comme l'a toujours voulu la tradition.
Si je fais allusion à cette bague, c'est parce que s'il est un message que le seigneur aurait voulu vous transmettre aujourd'hui, c'est bien celui de la volonté de donner à ce si joli village une tradition, une histoire, un cœur et surtout une mémoire. Car sans mémoire, il n'y a plus de référence au présent, a soutenu Pierre Massue.
La devise de la famille Massue, "Robur Arma Ministrat", signifie "La force arme le bras". Les armoiries de la famille, qui évoquent le passé militaire d'un proche de Louis XIII, Henri de Massue, lui font dire "Frappes ou tu doys". Cette devise est gravée en toutes lettres sur la bague que porte aujourd'hui Pierre Massue.
Malheureusement, cette bague a été perdue par le père de Pierre Massue lors du débarquement des troupes canadiennes en Normandie, dans le nord de la France, en 1944. Il était énormément désolé de la perte de cet objet familial auquel il tenait tant.
Revenu à Montréal après la 2e Guerre mondiale, telle ne fut pas sa surprise, huit années plus tard en se promenant rue Notre-Dame, d'apercevoir sa propre bague dans la vitrine d'une bijouterie.
Pourquoi cette bague, qui était celle de Gaspard-Aimé Massue, aurait-elle à nouveau franchi un continent pour revenir témoigner de la continuité, de la mémoire de son village? a demandé Pierre Massue aux villageois l'automne dernier. Ne trouvons-nous pas, aujourd'hui, réponse à cette question ?
À mon avis, a-t-il poursuivi, il y a dans cet événement un message que le destin ne pourra jamais expliquer, mais sur lequel nous devons maintenant nous pencher, a fait valoir Pierre Massue.
Gaspard-Aimé Massue a toujours voulu que ce village soit fier de ses accomplissements, de ses gens, de la survivance de ses bâtiments, de ses institutions, de son cœur et de sa communauté. La tradition est encore présente en chacun de vous, de vos enfants, de vos petits-enfants, de tous vos descendants. Nous sommes ici aujourd'hui pour honorer l'accomplissement de cet homme qui a donné une âme et un corps à ce lieu. Puissions-nous nous rappeler longtemps cet homme que l'on peut remercier aujourd'hui d'avoir donné à Saint-Aimé et Massueville le sens de la tradition, de la mémoire et de la continuité.
Ainsi cette bague, même deux continents n'ont pas réussi à la séparer de son village, reconnaît Pierre Massue. Je continuerai de la porter fièrement et, le temps venu, je la léguerai à mon fils. Je sais que Gaspard-aimé Massue veille sur elle, ne serait-ce que pour nous faire comprendre à tous que ce n'est pas là un hasard, mais peut-être le message qu'il veut nous laisser.














