Comment la nouvelle Loi anti-tabac affectera-t-elle les bars du centre-ville ?

20 Janvier 2006 - La Voix - La nouvelle Loi 112 qui entrera en vigueur le 31 mai prochain interdira la cigarette dans tous les restaurants et bars du Québec.

Si, en ce qui concerne la restauration, cette loi est relativement bien acceptée de la part des fumeurs, il n'en est toutefois pas de même quand on parle des bars.

Plusieurs fumeurs, qui forment une bonne partie de la clientèle des bars, estiment en effet que cette loi brime leur droit de fumer, car, accompagner l'alcool d'une cigarette fait bien souvent partie du rituel du fumeur.

Pour leur part, comment les tenanciers appréhendent-ils l'arrivée de cette nouvelle loi qui risque de modifier les habitudes de consommation de leur clientèle, voire de modifier cette dernière ?

La Voix a interrogé quatre propriétaires de bars situés dans le centre-ville de Sorel-Tracy. Voici ce qu'ils ont répondu à nos questions.

Richard Bibeau, Cactus Café

Au moins, la date d'entrée en vigueur, le 31 mai, tombe bien note d'entrée de jeu le propriétaire du Cactus Café, Richard Bibeau. Ça va être plus facile à appliquer, grâce à la terrasse, fait-il remarquer.

Pour M. Bibeau, l'aspect le plus difficile de la loi sera l'obligation pour le personnel "de faire la police", sous peine d'amendes salées. Il faudra user de doigté, car il y a peut-être des clients qui vont s'en foutre. Le client, par contre, ne pourra pas aller ailleurs, car ça sera partout pareil. Il lui faudra finalement se conformer, comme tout le monde, estime M. Bibeau.

Ce dernier, qui est également propriétaire de la discothèque adjacente au Cactus Café, croit que ça va être plus difficile de faire respecter la loi à l'intérieur de la discothèque, qui est plus animée durant les fins de soirées. Les gens vont devoir être compréhensifs car si des inspecteurs surviennent, les clients autant que les propriétaires, devront payer des amendes. Tout ce que je souhaite, c'est de ne pas avoir à faire la police, a-t-il répété, précisant que des affiches seront installées et la clientèle, avisée.

D'autre part, M. Bibeau espère que l'absence de fumée, incommodante pour les non-fumeurs, pourra amener une nouvelle catégorie de clients.

Pierre Cournoyer, Café St-Thomas

Lui-même fumeur, Pierre Cournoyer, propriétaire du Café St-Thomas, se dit toutefois content de la mise en application de la nouvelle loi. En raison de la petitesse du café, nous avons souvent de la difficulté avec la ventilation. Ça va nous donner une chance, a-t-il expliqué, rappelant que le St-Thomas est aussi un restaurant. À cet égard, il estime que la loi est un peu trop sévère pour les bars qui n'offrent pas de service de restauration. Pour les bars "bars", j'aurais été un peu plus indulgent, a-t-il soutenu.

Par ailleurs, M. Cournoyer admet qu'il risque d'y avoir un certain changement de la clientèle, et ce, même l'été sur la terrasse, en raison de la réglementation qui prévoit qu'on ne doit pas fumer à l'intérieur d'une distance de neuf mètres de l'édifice.

Cela dit, après vérification auprès du texte officiel de la loi, cette restriction à l'extérieur ne s'applique que pour les établissements de santé, les CLSC, les centres de petite enfance, les cégeps et les universités. Il semble donc que les bars seront épargnés par cette mesure.

Yannick Duchesneau, Pub O'Callaghan's

Un peu la même réaction chez Yannick Duchesneau, propriétaire du Pub O'Callaghan's, dont l'exiguïté des locaux comporte aussi son lot de problèmes de ventilation. Lui-même est non-fumeur, et est parfois incommodé par la fumée secondaire. Mais si je me mets à la place d'un fumeur, je serais un peu choqué, car la loi va un peu loin, laisse-t-il entendre.

M. Duchesneau ne craint pas tellement une baisse de sa clientèle, puisque ça va être la même chose partout. Quand il a su par la journaliste que la règle du neuf mètres à l'extérieur ne semblait pas s'appliquer aux bars, il a soufflé un peu : Bon, ça règle au moins le problème pour l'été, a-t-il enfin laissé tomber.

Pierre Lamy, Pedro bar

Enfin, Pierre Lamy, propriétaire du Pedro bar, estime que l'impact sera assez dur pour sa clientèle. Mais c'est partout pareil, et nous n'avons pas le choix. C'est la loi, il faut accepter de vivre avec ça, même si c'est sûr que c'est choquant. Je vais être obligé d'arrêter de fumer moi aussi, a-t-il fait remarquer.

Comme on le voit, les tenanciers semblent relativement résignés à se conformer à la Loi anti-tabac. Et maintenant, que vont-ils faire de leurs nombreux cendriers... Une vente de débarras ?

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