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«Il faut des compétences en gestion pour partir en affaires»
18 Mars 2002 - La Voix - La gestion, c'est perçu comme un mal nécessaire et non une habileté inhérente au travail de l'entrepreneur, déplore le directeur général du Centre local de développement du Bas-Richelieu, Yves Fortin. Ce dernier estime que la compétence d'un entrepreneur dans le domaine de la gestion est déterminant dans la réussite d'une nouvelle entreprise. Si tu n'as pas ça, tu n'as pas vraiment de projet, tu n'as que des idées, s'exclame-t-il, précisant que 80 % des nouveaux entrepreneurs ne sont pas réellement des entrepreneurs, mais des artisans qui ne veulent que se créer leur propre emploi. Cette qualité de gestionnaire est déterminante dans la réussite d'une entreprise, répète-t-il.
On doit donc distinguer le travailleur autonome, l'artisan professionnel et l'entrepreneur, croit M. Fortin. Le travailleur autonome n'a pas souvent le choix (lors d'une perte d'emploi par exemple), alors que l'artisan professionnel veut être son propre patron, sans pour autant partir en affaires. Le vrai entrepreneur, lui, doit avoir une vision du développement de son entreprise à moyen terme.
Plusieurs personnes qui ont un projet à proposer estiment par exemple qu'avoir ou obtenir de l'argent constitue le principal problème au lancement d'une entreprise. Il est faux de penser que l'argent est un problème, estime toutefois le directeur général adjoint, Réjean M. Rioux. On a même de la misère à dépenser l'argent !
MM Fortin et Rioux commentaient ainsi des propos qui ont été échangés lors de la soirée de consultation du député Sylvain Simard sur l'économie de la région, tenue il y a quelques semaines, et où on avait fait mention du peu de projets présentés devant des organismes de développement économique de niveau local et montérégien.
Un bon plan d'affaires personnalisé, mettant l'emphase sur le produit et la façon dont l'entreprise sera gérée constitue un excellent point de départ, estiment-ils.
Les deux hommes expliquent que pour partir une entreprise, les promoteurs doivent nécessairement acquérir des connaissances en gestion. Il s'agit là d'un des rôles des intervenants du CLD, qui offre aussi des sessions spécifiques à cet égard. Et, peu à peu, les nouveaux entrepreneurs en comprennent
l'importance. La première cohorte de cours, ça a tout pris pour que ça démarre, a laissé entendre M. Rioux. En fait, conclut-t-il, les gens qui n'ont pas de problème font rarement appel à nous !
D'autre part, les promoteurs ne remplissent pas toujours les conditions essentielles pour réussir en affaires, fait savoir M. Fortin. Ce dernier indique que nonobstant l'argent qu'on peut aller chercher en investissement, il faut que l'entrepreneur lui-même soit prêt à prendre des risques financiers de l'ordre de 20 % au minimum.
Nous (le CLD) sommes là pour prendre une part du risque en complément avec les institutions financières, qui vont rarement au-delà de 50 % à 60 % de financement, explique M. Rioux. Nous voulons faire un effet levier pour les nouvelles entreprises, mais l'entrepreneur doit faire sa part. On connaît des entrepreneurs qui avaient de très beaux projets, mais qui ont décidé de virer de bord au 1er risque, a-t-il avoué.
Le Centre local d'emploi et le ministère de l'Industrie et du Commerce sont partenaires du CLD dans le démarrage d'entreprises et la formation en gestion.
Qu'est-ce qu'un bon gestionnaire, en fait ? Celui qui, au départ, prépare un plan d'affaires complet et personnalisé, qui tient compte à la fois de la qualité de son produit, des coûts de production et de l'importance du marketing, de la communication tant avec sa clientèle qu'avec ses éventuels employés, bref, de l'administration de l'ensemble de son entreprise. Il doit avoir du «pif» et savoir convaincre, soutient Yves Fortin. Il doit finalement pouvoir identifier ses lacunes et s'entourer des bonnes personnes pour y remédier.
Parfois, un promoteur avec une excellente idée à développer a en effet intérêt à s'associer avec quelqu'un qui a des qualités de gestionnaire. Une entreprise qui a compris ça, c'est la Coopérative Techno Laser, donne en exemple Réjean Rioux. Ils sont efficaces, efficients, compétents, et l'entreprise est rentable.
Ils se sont assurés d'avoir une équipe complète à laquelle s'est joint un gestionnaire d'expérience, a renchéri Yves Fortin.
Et c'est en ce sens, croient les deux hommes, qu'une entreprise peut espérer survivre au-delà de six mois.
Pour résumer, une personne qui a le goût de se lancer en affaires doit avoir des idées et un bon projet, posséder une ouverture d'esprit et le goût du risque, ainsi que l'humilité de reconnaître ses lacunes en gestion. Souvent, ceux qui se qualifient d'être entrepreneurs ont la mauvaise habitude de croire qu'ils savent tout et se désintéressent de l'aspect gestion, fait remarquer M. Fortin.
Mais être gestionnaire, ça s'apprend, conclut M. Rioux.














