La MRC interdit l'implantation de nouvelles porcheries et les coupes à blanc

5 Février 2002 - La Voix - (HG)Les maires de la MRC du Bas-Richelieu ont déposé le 25 janvier un avis de motion qui a pour effet d'interdire, jusqu'à l'adoption d'un règlement de contrôle intérimaire (RCI), l'implantation de nouveaux établissements d'élevage porcin et les coupes à blanc sur l'ensemble de son territoire.

Lors de la dernière séance de la MRC tenue en janvier, les maires avaient, sur la proposition du maire de Ste-Anne, Réjane Salvail, adopté une proposition visant la création d'un comité appelé maintenant Commission d'aménagement, et formé des maires Marie Bouchard, de St-Ours, qui agit en tant que présidente, Réjane Salvail, Olivar Gravel (préfet et maire de St-Joseph), Raymond Arel (St-David), Solange Cournoyer (Ste-Victoire) et Louis Hemmings (St-Aimé). Ce comité a pour mandat d'étudier la problématique du développement agricole de la MRC et d'élaborer, en collaboration avec le milieu, un projet de RCI.

Mme Bouchard, lors d'un entretien téléphonique, a indiqué dans un premier temps à La Voix que l'avis de motion qui gèle l'implantation de porcheries ne touche toutefois pas le projet de Stéphane Rajotte et Isabelle Tremblay de Ste-Victoire (voir autre texte à ce sujet), puisque le dépôt de leur dossier est antérieur au dépôt de l'avis de motion.

Nous allons tout d'abord demander à toutes les municipalités de se pencher individuellement sur le genre de développement agricole qu'elles souhaitent, ceci, dans le cadre des orientations de la Loi 184 sur le développement agricole, a-t-elle indiqué. Nous avons besoin comme comité d'obtenir leur vision de ce que constitue pour eux le développement agricole, afin qu'on puisse élaborer un règlement de contrôle intérimaire qui reflète, d'une façon globale, la volonté de l'ensemble des municipalités de la MRC. Ce sera pour nous un indicatif important pour établir le RCI à l'image de la volonté du milieu. Tout le monde va avoir à faire ses devoirs pour qu'on puisse avoir une vision la plus claire possible.

Le développement agricole, c'est beaucoup plus large que la seule industrie porcine, a-t-elle aussi fait remarquer, soulignant toutefois que les propos de la Loi 184 étaient assez clairs quant au développement des activités agricoles en terre agricole.

Pour Mme Bouchard, il est par ailleurs important de consulter à la fois le monde agricole et le milieu urbain. Sorel-Tracy est aussi touchée par la problématique que le monde agricole. Et après cette consultation, le comité devra concilier la volonté de la région avec les exigences de la Loi 184, a-t-elle expliqué.

Par exemple, il est clair pour elle que la MRC n'a aucun pouvoir sur la question de l'épandage des lisiers. Ce pouvoir est réservé au ministère de l'Environnement et nous n'avons aucun droit de gérance. Mme Bouchard admet aussi que certains producteurs ayant besoin d'engraisser leurs terres peuvent actuellement importer du lisier de producteurs habitant des municipalités hors du territoire de la MRC. Quant à la question de lisier liquide ou solide, elle a déclaré avoir besoin de s'informer davantage sur la question.

La présidente du comité souhaite pouvoir travailler avec le maximum de gens intéressés par la problématique. Cela prend la volonté de tous pour travailler en collaboration et je souhaite le débat le plus large possible et pas seulement sur le sujet – très émotif – des porcheries. Pour Mme Bouchard, c'est important que tous puissent émettre leur opinion dans le débat et elle se déclare ouverte à entendre différents commentaires à ce sujet.

L'Autre monde rural, satisfait de l'avis de motion

Finalement ! s'est exclamée pour sa part une des porte-parole de l'organisme L'Autre monde rural, Catherine Gorreta, suite à l'imposition de cet avis de motion. On voit une petite lumière au bout du tunnel. Il faut cependant continuer à être vigilant et le RCI doit être fait correctement, a-t-elle indiqué à La Voix. Selon Mme Gorreta, le regroupement de citoyens qu'elle représente n'est pas contre les porcheries, mais il faudrait tenir compte selon elle de deux facteurs très importants, à savoir qu'une porcherie ne doit être implantée que loin des résidences, et que l'épandage ne se fasse qu'avec du fumier solide.

L'organisme a par ailleurs invité le député libéral d'Orford, Robert Benoît, un spécialiste en environnement, à visiter l'emplacement de la porcherie qui vient d'être accréditée par le ministère de l'Environnement du Québec. La visite a eu lieu lundi dernier.
Mais Mme Gorreta s'inquiète surtout de l'implantation d'autres porcheries, et le dépôt de l'avis de motion ne constitue pour le moment qu'une trêve. Il y avait des rumeurs pour l'implantation de quatre nouvelles porcheries dans deux rangs avoisinants, a-t-elle fait savoir.

Propos plus ou moins confirmés de son côté par Mme Bouchard, qui a admis que des «intégrateurs» étaient activement à la recherche de propriétaires de terres agricoles pour leur offrir la possibilité d'établir des porcheries. Pour certains agriculteurs, il s'agit là d'une source de revenus supplémentaires qui comportent pour eux peu de risque. Ça fonctionne un peu comme un genre de franchise.

Interdiction des coupes à blanc

Par ailleurs, le même avis de motion interdit aussi les coupes à blanc dans les forêts et boisés situés sur le territoire de la MRC du Bas-Richelieu. Selon le préfet Olivar Gravel, tous les inspecteurs municipaux seront mis à contribution pour empêcher la coupe unilatérale d'arbres qui constitue selon lui un problème criant dans toute la Montérégie. Les forêts diminuent et disparaîtront si on ne fait rien pour les maintenir. L'agriculture en souffrirait car les boisés sont utiles notamment pour empêcher le dessèchement de la terre lors de vents violents.

Seuls le nettoyage et le débroussaillage sont tolérés. Mais impossible de raser les boisés, a-t-il soutenu, rappelant la création d'un «corridor vert» à travers la Montérégie, il y a quelques années, en collaboration avec l'Association des oiseleurs du Québec. Le maintien des forêts et boisés est important tant pour la faune que la flore et l'agriculture.

Conférence sur l'élevage porcin

M. Gravel a par ailleurs indiqué à La Voix qu'un forum organisé par la Table de concertation en environnement aura lieu le mercredi 20 février à compter de 19h à l'hôtel de ville de St-Joseph. Il réunira une cinquantaine de représentants de divers organismes de la région (UPA, Autre monde rural, TCER, MRC, etc.) qui pourront entendre ce qu'ont à dire des spécialistes d'une firme indépendante de consultants (Forget Aubin) concernant le dossier de l'élevage porcin.

Cette conférence, croit M. Gravel, aidera les membres de la Commission d'aménagement à rédiger le RCI et, selon lui, permettra de sécuriser les différents intervenants. Il faut réglementer et nous ne pourrons pas empêcher l'implantation de toute porcherie, a-t-il conclu.

Le RCI devrait être pour sa part adopté par l'ensemble des maires de la MRC à sa séance du mois de mai, espère Marie Bouchard.

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