Ajout d'une clause au décret de la construction; Marcel Robert et Suzanne Durez s'y opposent toujours

14 Janvier 2002 - La Voix - Malgré la présence de plusieurs travailleurs de la construction dans la salle du conseil de la MRC du Bas-Richelieu, mercredi soir, le maire de Sorel-Tracy Marcel Robert, et la mairesse de St-Roch, Suzanne Durez, ont fait avorter une résolution d'annulation de l'appui que la MRC a donné en novembre dernier relatif à l'utilisation, par les entreprises, de travailleurs de la construction pour effectuer dans leurs usines des travaux spécialisés.
Jusqu'à maintenant, le décret de la construction demeure vague sur la question de l'obligation ou non des travailleurs de la constructions pour l'installation et la réparation de machinerie de production dans les usines. Ainsi, les travailleurs de la construction sont souvent appelés à effectuer des tâches spécialisées lors d'arrêts de production (shut down) ou de bris de machinerie dans les industries.
En novembre, la MRC d'Abittibi-Ouest avait demandé l'appui des autres MRC pour s'opposer à un ajout dans le décret qui, selon l'organisme, obligerait les industries à n'utiliser que les travailleurs de la construction, et empêcherait l'utilisation de leurs propres employés pour des tâches spécifiques ou l'utilisation de sous-traitants payés à moindre coût.

Le maire Robert s'était fait l'ardent défenseur de cet appui qui avait alors été adopté. Toutefois, le maire de Massueville, Pierre Michaud, lui-même travailleur de la construction, avait alors tenté de sensibiliser en vain les autres maires qui s'étaient ralliés à la position de M. Robert.

Selon M. Michaud, le fait de ne plus employer des travailleurs de la construction leur ferait perdre beaucoup d'heures de travail et, à la limite, les inciterait à se trouver de l'emploi à l'extérieur de la région. Mercredi soir, M. Michaud a demandé de rescinder (annuler) la résolution prise en novembre.

Mais par un effet de calcul des votes, et même si seulement deux maires (Robert et Durez) ont voté contre cette annulation, cette proposition n'a pas passé puisque la MRC utilise un système de votation à double majorité. Compte tenu du nombre de citoyens qu'il représente, M. Robert (qui détient aussi cinq votes) et le fait que Mme Durez ait voté comme lui ont fait basculer le vote en faveur du maintien de la proposition d'appui.

Pour se défendre, et en réponses à de nombreuses questions de la salle, M. Robert a indiqué que plusieurs organismes économiques (Conseil du patronat, Chambre de commerce du Québec, etc.) avaient exprimé leur crainte à cet éventuel ajout dans le décret. Tous ceux qui se sont prononcés sur la question sont unanimes à dire que cet ajout leur coûterait plus cher, ils sont inquiets d'une éventuelle augmentation des coûts de production. Ça peut affecter la rentabilité et des entreprises pourraient devenir non concurrentielles, a-t-il déclaré, disant qu'il n'était pas contre les gens de la construction. De ne pas vouloir «upgrader» la situation et de s'opposer aux gens de la construction, c'est deux choses, a-t-il soutenu.

Les travailleurs présents sont demeurés sceptiques face à ses arguments, laissant entendre d'une part que les organismes consultés étaient des organismes patronaux et qu'ils ne représentaient qu'un seul côté de la médaille, et que, d'autre part, l'ajout d'une clause concernant la machinerie de production n'obligerait pas automatiquement l'employeur à utiliser les travailleurs de la construction. Si l'employeur n'appelle pas, on n'ira pas ! ont laissé entendre certains d'entre eux.

Mme Durez aussi, qui, avec son mari, a déjà été propriétaire d'une petite entreprise, craint cet éventuel ajout. Je crains surtout pour les petites entreprises qui ont malgré tout le personnel pour faire le travail, a-t-elle déclaré. Si vous avez le monopole, vous allez entrer dans nos petites entreprises.

D'autre part, les travailleurs ont aussi indiqué que le fait d'employer des travailleurs non spécialisés pourrait entraîner une baisse de la qualité des travaux effectués. Les compagnies qui prennent du personnel non qualifié, c'est souvent plus dangereux. Selon eux, certains travaux effectués dans des grandes entreprises de la région par des travailleurs non qualifiés seraient des bombes à retardement.

Enfin, les travailleurs ont indiqué que ce n'était pas à la MRC de statuer sur une clause qui ne concerne que le domaine des relations de travail. Est-ce votre mandat de vous pencher sur le décret des travailleurs et de vous ingérer dans les milieux de travail, est-ce votre rôle ? a lancé l'un d'entre eux. C'est hors de votre compétence, a-t-il conclu.

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